jeudi 22 mai 2008

Oublier le temps (II)




Il y a ceux qui partent, ceux qui s’évaporent, ceux qui se dissolvent,
Esclaves de leur fuite, ils courent à rebours et font tourner le monde.
J’ai beaucoup couru, je n’ai que trop fui, mais aujourd’hui je tombe.
Je tombe hors du temps, je laisse tourner les ombres et les fous qui s’immolent,
Tout autour de la terre, sur leurs orbites molles..

Tomber hors du temps, c’est chuter hors de prison, c’est tomber libre
Comme on tombe amoureux, une joie intolérable et une insulte au monde
Se complaire dans la chute et apprivoiser l’absence des heures, oublier leurs ombres,
C’est tuer les geôliers sans les remercier, se laisser survivre et s’épargner enfin.
Perdre le contrôle, celui qu’on supporte, aveuglément.

Il faut prendre un passe temps comme un passe muraille et dissoudre les chaînes,
Vivre en désaxé, les horizons brouillés, l’abscisse désordonnée.
Les pieds sur la terre nous entraînent, le temps gonfle les voiles du départ
Ce désir d’être porté lorsque l’on peut flotter est un caprice cher payé,
Le fauteuil du temps précède le handicap.

Les terres meubles, les sols impalpables, sont ceux qu’il faut savoir fouler
La confiance qu’on accorde aux trésors invisibles nous délie des regrets,
Et relâche à mon cou la corde nouée que le temps tend sans trêve.
Ces certitudes sans âges actionnent d’autres rouages et d’exotiques logiques,
Des narrations nouvelles qui tissent le fil du temps avec d’autres soies rares.

Il faut confier le plus lourd aux nuages légers, savoir remettre à demain,
Et remettre en des mains étrangères les encres noires qui suintent à travers nous.
Traverser la pluie et le bon temps, les brouillards acides des matins éteints
En conservant en soi l’horizon, et l’infini vers l’autre, ne pas viser demain
Mais viser un état, un état libre et de grâce.

Les temps morts sont des leurres, qui hantent les cœurs creux
Et les soupirs faciles des âmes prisonnières
Ces fantômes mythiques s’évaporent d’effroi
Dès qu’on tourne le dos à la funeste marche
Et le temps comme le vent, n’emporte que l’infime.
Ne voyagent avec lui que de sèches brindilles,
Et la chaleur de flammes qui n’ont rien su brûler.

Le reste demeure et voyage autrement, dans l’espace infini, sur cette route droite, qui relie l’indicible à mon être profond

mardi 20 mai 2008

Oublier le temps


free music



Préface à l’introduction des prolégomènes: promis, après cet article, je publierai quelque chose qui aura mobilisé au moins deux ou trois de mes neurones… Je suis en ce moment en plein casting pour sélectionner les meilleurs, et cela prend du temps, faute de candidats.

Du coup je balance des photos de fleurs, je publie mon agenda… Si ça continue je vais te mettre en forme ma liste de course avec des vidéos de fruits et légumes, et un super mini-lecteur audio avec Bourvil dedans qui te chante que la salade de fruit jolie jolie, jolie, plait à sa mèreuh et plait à son pèreuh.

Mais il faut me comprendre, vous avez lu mon agenda (et bientôt la notice de lavage de mes caleçons), et vous avez bien compris qu’en ce moment précis, c’est la crise…

Non, ce ne sont pas les 5h de répétition quotidiennes, ni le stress qui monte. C’est bien plus subtil que ça, et bien plus redoutable aussi. C’est un mal insidieux qui me ronge depuis exactement un an aujourd’hui, une angoisse pernicieuse qui inscrit dans chacune de mes cellules ce code effrayant qui me rapproche irrémédiablement (un mot au dedans duquel il y a diablement, tu sens la présence du démon dans cet article) du début de la fin… Et cette malédiction qui plane au dessus de ma tête comme un pigeon boulimique au dessus d’un paquet de chips s’abat sur moi aujourd’hui même…

Moi: Tu comprends ?

Toi: Gné ?

Moi: Bon remets ta mouche Merteuil, après j’texplique.

D’abord je tiens à rappeler au lecteur étourdi, et conséquemment pendu par ses tripes au clocher du village à l’heure qu’il est, que l’article « demandez le programme » contenait une énigme de haute voltige, niveau trapèze volant, du genre :

« Le jour le plus important du mois de mai est entre le 19 et le 21 »...

Çà se pose comme énigme, hein? Déjà, Da Vinci Code est relégué au rang de cahier de vacances pour moyenne section, et la quadrature du cercle est confiée à une bande de fillettes avec des pâquerettes dans les cheveux (elles dansent des rondes, elles sont donc tout à fait à même de résoudre la quadrature du cercle si elles se donnent la peine de danser un peu en carré de temps en temps… En comptant le nombre de pâquerettes qu’elles peuvent cueillir dans l’espace ainsi formé, et en les effeuillant le nez en l’air, elles trouveront Pi à trois pâquerettes près -infaillible!).

Je vous imagine, froissant des brouillons, barbouillant des tableaux d’équations, affûtant vos compétences intégro-différencielles, dépoussiérant vos traités de thermodynamique, vous arrachant les cheveux alors que le balayage est tout neuf…

J’ai décidé d’abréger vos souffrances en vous offrant gracieusement (suis pas danseur pour rien) le résultat de l’énigme. J’invite Bécassine et Pollux à me rejoindre sur le plateau pour nous révéler le résultat de ce problème épineux!

Rappelons les nominés :

- Pi

- 20

- 1981

- Tata YoYo

- Dominique Blanc qui joue Phèdre au rayon abats du franc-prix en bas de chez toi.

Ben tiens toi bien, la réponse est 20, et par la magie d’une coïncidence comme qui dirait pure et fortuite, c’est pile la date d’aujourd’hui.

Le nom des vainqueurs sera affichée en haut des commentaires datés d’aujourd’hui.

Et donc aujourd’hui, comme c’est le 20, j’ai 20 ans, na ! Comment ça ça marche pas comme ça ? J’ai décidé ! N’empêche que hier encore… bon remplace toi même les 20 par des 26 dans la chanson.



free music


Je sais, je suis drôlement narcissique de poster moi même un article sur mon blog pour me fêter un joyeux anniversaire. Mais sache que je le fais par pur altruisme.

D’abord, parce que si je ne prouve pas régulièrement mon narcissisme, certaines personnes sont bien déçues, elles n’ont plus rien à me reprocher, alors elles m’en veulent, elles ont peur. C’est aussi pour ça que je prouve souvent mon égoïsme et mon immaturité. Je mets en quelque sorte de l’eau du bain dans le moulin, et le bébé avec.

Ensuite parce que mon approche habituelle des anniversaires, c’est plutôt ça : je ne rappelle jamais rien à personne, et j’attends impatiemment 00h01 le 21 mai pour rayer définitivement de mon carnet d’adresse chaque inconscient qui a oublié de me chanter des louanges et de me souhaiter du bonheur. Evidemment, après un moment, je reprends contact, suis pas si ingrat. J’envoie un gentil petit mot, agrémenté d’un cocktail de bactéries amazoniennes mortelles pour m’assurer que le félon mourra dans d’atroces souffrances pour le reste de sa vie misérable.

Donc là, altruisme flagrant, mesquinerie apaisée, sagesse évidente, je vous tire tous de l’embarras en vous laissant cet espace privilégié pour penser à moi, et bénir mon année nouvelle. Cet article, c’est en quelque sorte un sanctuaire où tu peux te recueillir… Comme c’est beau… Si tu veux tu peux parsemer ton clavier de fleurs de lotus pour laisser ton commentaire. Sauf que tu verras moins bien les touches, c’est à toi de voir.

Plus sérieusement, soyez gentils, c’est assez flippant comme ça de voir filer les années quand on nourrit ses passions de fougue, de beauté juvénile, de chevelure flamboyante (heureusement, il y a la gamme John Frida « brillante brunette »), de grands écarts et de courtes nuits…

Bizarrement, en ce jour, plus que jamais, je me sens fougueux, immature, impulsif, excessif, obstiné, passionné, ambitieux, égoïste, borné, fragile, lunatique, sensible, instable… donc plus que jamais j’ai la conviction d’être moi, et que cela ne changera pas. C’est peut être là la seule forme de sagesse qui ait pu germer en moi : je sais maintenant que je ne renoncerai jamais à mes doux vices et à mes rêves démesurément mégalo. Va falloir vous les coltiner encore un moment !

Et puis cet article est deux en un (un article et un adoucissant ? un article et un baume orthographique ? Un article et un après-article ?). Parce que c’est aussi aujourd’hui l’anniversaire de mon Viking. C’est sympa qu’il y ait d’autres gens qui vieillissent avec moi. Prenez exemple !

Grattis på födelsedagen !

En fait la vie n’est pas si moche! Allez, musique !



free music

samedi 17 mai 2008

Bucolisme avancé

Quelques d'images du jardin d'éden, en ce samedi soir pluvieux et sombre, où le soleil et la chaleur ne jaillissent que des images et des souvenirs.
Je lève mon verre de pétillant italien trop sucré à la pérennité de des instants magiques, et je bois, en pleine répétition de "La Traviata" pour éclabousser de pourpre ce ciel trop gris!

free music














mercredi 7 mai 2008

Demandez le programme!

Je suis d’humeur passablement journalistique cet après midi… Evidemment, c’est mon lectorat (espèce plus menacée que le panda zébré de Plouguerneau) qui va en faire les frais. En effet, je me suis dit qu’au lieu de me plaindre une fois de plus de la rigueur et de la chronophagie quasi boulimique de mes activités dansées et glissées, j’allais vous donner, pour une fois, un peu de concret. Du résultat, du vrai, du frais, de la chair quoi, finalement.
Car après tout il est bien beau de clamer sur tous les blogs qu’on est danseur, et que c’est drôlement fatigant, mais tout le monde peut le faire. Enfin les gens qui ont un blog en tous cas.
Donc aujourd’hui je vous livre le fruit de mon associabilité de l’année, et vous allez peut être comprendre pourquoi le sommeil est une notion follement désuète pour moi ces temps ci…

Vous avez l’habitude, maintenant, de mes articles saisonniers débiles, alors ne soupirez pas. Si celui là ne vous convient pas, il y en a un juste après nettement plus dramatique. En plus tu vas voir, si tout ce passe bien, cet article devrait être drôlement multimédia ! Il ne te manquera plus que l’odeur de la sueur et le bâton d’Aliocha dans le dos (hé oui, je viens de découvrir qu’on pouvait coller de la musique dans les articles. En plus de polluer tes yeux, j’investis tes oreilles. J’attaque ton cerveau sur tous les fronts, prends garde… -bruit de flute de pan inquiétant-).

Nous sommes donc en mai, mois chargé de dates remarquables, dont il n’est pas utile de rappeler que la plus importante se situe entre le 19 et le 21… Mais surtout chargé de répétitions qui m’empêchent de bronzer, puisque mon idée de mettre des lampes à UV dans la patinoire n’a pas été retenue. C’est une honte, car avec la réverbération, ça aurait super bien marché.

Et cet année, ce n’est pas un, ni deux, mais trois spectacles que votre serviteur tente péniblement de mettre sur pied. L’heure est donc à l’auto-promo, car après tout, j’ai pas sué ma race 4h par jour juste pour avoir des belles fesses.

ACTE PREMIER: Holidays on Ice

Le rush commence les samedi 7 et dimanche 8 juin par le spectacle de patinage. C’est nettement moins anecdotique qu’il n’y paraît, puisque nous sommes à peu près 270 sur la glace, et que ce sera peut être la dernière fois que je chausserai les patins. Il y a en quelque sorte une occasion à saisir pour ceux et celles qui ne me voient (presque) jamais patiner…

Je participerai à 6 chorégraphies :

- « Ouverture » : sur une version très orchestrale de « el condor pasa », au début les filles devaient avoir des plumes aux fesses pour rappeler le dit oiseau andin. Mais apparemment les plumes de condor sont encore plus chères que les pâtes. Donc on a laissé tomber les plumes, parce qu’on voulait pas faire « el mouette pasa » ou « el pintade-gourdasse pasa ». Pour un avant-goût esthétique de cette friandise, regarde ça :


- « Le jazz et la java » de Nougarro : le principe était simple, la moitié des filles sont jazz, l’autre moitié java, et les garçons coupés en deux (par une ligne qui passe entre les deux yeux et qui descend entre les deux… jambes). Achement compliqué, parcequ’il faut suivre toutes les paroles, et qu’il parle vite monsieur Nougarro. Ecoute plutôt ça pour t’en rendre compte toi même :

free music


- « Ecossais » : Avec la vraie cornemuse qui nous use les oreilles à chaque répétition. Je sais c’est pas très vendeur, mais pour faire rentrer les badauds désinvoltes sous le chapiteaux, je vous rappelle, madame, que je serai en kilt, oui madame, parfaitement, avec des chaussettes blanches qui montent, une chemise à jabot… et si vous souhaitez savoir ce qu’il y aura en dessous, rappelez vous que c’est un spectacle familial. Bande de pervers. Pour que tu voies bien comme ça vole, un kilt sur un patineur, mate donc ça :


- « Tribute to ray Charles » : Pour ceux qui suivent un peu, l’an dernier j’étais le Jack qui hit the road dans une chorégraphie de modern jazz. Cette année, je reste dans le Ray, mais je me fais carrément pas plaquer, puisque ce sera en couple avec Anne-Sophie, championne de France 2007 à vie ! Il y a quand même hit the road à la fin, mais pour l’instant je me fais pas tej’. Quand même, ça swing dans ton oreille de petit blanc :
free music


- « Destination Calabria » : aka « les majorettes bourrées aux gros seins et mini-jupes ». Evidemment, on le fera pas comme ça, je n’ai pas les attributs nécessaires. On sera dans le noir, en lumières fluo (je sais, c’est complètement la mode de l’été dernier), avec juste un string fluo ! Hein que tu vas venir voir ça ! En attendant, voici les majorettes bourrées aux gros seins et mini jupes :


- « final » : ça on a pas encore commencé… L’année dernière c’était les tambours du Bronx… Et après, le pingouin quitte la banquise

ACTE DEUXIÈME: un peu parti un peu naze, je descend dans la boite de jazz

Pas trop le temps de souffler, puisque le vendredi 20 juin aura lieu le spectacle de mon école de modern jazz. Là va falloir carrément fayoter pour avoir des places, puisque je crois que nous avons 5 places seulement par danseur. Toute forme de corruption est envisageable, et pour te montrer à quelle point il est temps que tu contactes la mafia russe pour m’offrir des fourrires, voici les 8 ( !! anlala !!) chorégraphies auxquelles je vais participer :

- « Ouverture » : sur « mon manège à moi de la dite Piaf. C’est en fait un manège d’échauffement de l’année que nous allons recycler en ouverture, parce que c’était vraiment trop sensationnel pour en priver le publique.Vas y, tourne dans ta salle de bain:
free music


- « My heart belongs to daddy » : on sait bien que c’est pas vrai, mais comme c’est Marilyn qui chante, on la croit. L’occasion ou jamais de me voir en gangster style prohibition… Même que les filles elles auront des boas (en plumes, pas des serpents, c’est pas Xéna la guerrière qui danse avec moi). Pour englamourer un peu tes oreilles trop pieuses, voilà du sirop de sex appeal numérisé :
free music


- « crap music from nowadays » : ok, je sais même pas le titre, mais ça bouge bien, et on s’éclate comme des nones à Center Parks là dessus. Même si t’aime pas, tu seras tout vitaminé et tu voudras aller en boite juste après sous peine d’étrangler le condor que tu as piqué au gala de patin.

- « Grease » : Pour ceux qui suivent encore plus, j’avais déjà fait Dirty Dancing il y a deux ans. Moi mon rêve, c’est Flashdance, mais je porte mal le body échancré, et let’s face it, je suis pas soudeuse. Au cas où tu ne te rendes pas compte de comment c’est monumentalement jouissif de danser Grease :


- « Gaieté Parisienne » : oui c’est Le French Cancan d’Offenbach ! avec des filles en panty et jupons qui crient partout, et moi qui saute en faisant des grands écarts sans même me castrer (je touche du bois). Un grand moment de décadence pour toute la famille. Allez, t’as bien mérité un peu de Cancan, because u Can CanCan !!!


- « Bohemian Rhapsody » : Début d’un petit hommage à Béjart qui avait chorégraphié « ballet for life » en associant des musiques de Queen et Mozart. Le style s’inspire surtout de ce genre de numéro (plus bas), nous aurons des draps aussi, même si je suis presque certain que je vais encore oublier le mien.


- « Bolero » : second hommage à Béjart, évidemment nous n’avons pas osé reprendre la version de Ravel, car admettons le une bonne fois pour toute, nous ne sommes pas Jorge Donn. C’est donc la version très subtile de Angélique Kidjo que nous utiliserons :
free music


Et Jorge Donn, ça donne ça :


- « final » : Show must go on évidemment, what else !

CHAPITRE TROISIÈME: Libiamo ne' lieti calici

And the show will indeed go on, puisque last but not least, le 4 juillet a priori, aura lieu le premier d’une série de ballets classiques avec l’académie de Bretagne de danse. Nous montons depuis 6 mois deux ballets, très différents de style et d’inspiration, mais d’égale beauté.

Le premier est « l’amour sorcier » de manuel de Falla, dans lequel j’interprète le rôle du spectre… Pour résumer l’intrigue, une gitane doit se marier. Mais elle est hantée par le spectre de son amant mort, mais toujours jaloux. Elle fait appelle à une sorcière, fait brûler des trucs, comme dans « friends », dans une danse du feu à frémir, et décide finalement de caser le spectre avec sa meilleure copine pour qu’il la laisse tranquille. Et ça marche. Si la danse du feu est de loin la plus connue, la partition regorge de trésors, et la passion gitane transpire d’un bout à l’autre du ballet. L’intrigue se passe intégralement dans un campement gitan, avec un brasier monumental au centre (on aurait pu faire Jeanne d’Arc en seconde partie). Il est à remarquer une remarquable danse des lumières, où la nuit tombée, tout le campement danse avec un lumignon dans chaque main. Voici la merveilleuse danse du feu :


En deuxième partie du spectacle, nous donnerons "Verdiana". C’est un ballet très peu donné en France, et nous avons la chance de pouvoir le monter ici, car Aliocha a beaucoup dansé à Milan. C’est une œuvre en hommage à Verdi, dont la partition est composée des parties dansées de ses opéras les plus connus. Une merveille donc.
On trouve au début beaucoup des Vêpres Siciliennes, avec notamment un grand pas monumental, un pas de filles qu’Aliocha a pour l’instant nommé « danse des grosses vierges », un pas de garçon assez épuisant d’inspiration Napolitaine, avec plein de temps de bottes, cabrioles, tours en l’air, doubles pirouettes, entrechats sept…
Notons que le plateau est parsemé de 200000 fleurs personnifiées par les enfants de l’école. Il convient donc d’éviter de danser sur les fleurs… On trouve aussi un superbe pas de 9, 3 garçons, deux filles par garçon, sur un merveilleux adage des Vêpres Siciliennes.

Puis vient la partie « Traviata », où on se régale comme c’est pas permis. On démarre avec la grande valse de Violetta, où l’on trinque allègrement, où les filles caressent les garçons et les embrassent à chaque tour de valse. Musicalement parlant, c’est ça (attention chef d’œuvre monumental) :
free music


Viennent ensuite les danses de caractère issues de la soirée chez Flora, avec les incontournables bohémiennes, et les fiers matadors. Voilà comment Zefirelli voyait la scène :


Ensuite une grande danse en couples avec tambourins. C’est exaltant ! Les filles qui dansent cette variation sont les mêmes que pour la danse des grosses vierges. Personnellement, je trouve ça épuisant. Il y a beaucoup de portés.

Il y a aussi des extraits de Rigoletto, Nabucco… mais je ne sais pas encore tout. Et une très belle prière quand Violetta est au paradis.

Ce programme sera normalement donné plusieurs fois l’année prochaine.

Te voilà rassuré quant à la productivité de mon indisponibilité chronique ! Tu peux réserver tes billets en toute quiétude maintenant !

lundi 5 mai 2008

Le grenier des anges


free music


Parmi les plaisirs coupables dont j’ai pavé les chemins de mon quotidien, l’un de mes favoris est sans doute de me perdre. Il n’est pas ici question d’évasion, car si l’évasion est une fuite, la perte naît d’une quête. C’est d’ailleurs lorsqu’on a trouvé, ou qu’on a été trouvé, que l’on cesse d’être perdu. Ainsi, lorsque le temps s’y prête et qu’on m’a prêté quelques heures, je quitte mes antres familières, et vagabonde au gré des exotismes, guidé par les chants perfides et suaves de ces ailleurs illusoires, dont le beauté est souvent plus évidente lorsqu’on la devine au loin.

Ne laissant derrière moi qu’un sillage parfumé ou un air entonné (pour être pleinement appréciée, la perte doit parfois durer. Il convient ainsi d’être un peu discret, car l’exubérance fane les ailleurs), armé d’une naïveté proche de la transparence, je laisse les foules actives et influentes me porter sur les boulevards du crime.

Je me délecte particulièrement de l’effervescence des marchés printaniers où, bousculé par des effluves parfois trop charnelles, par les voix qui appellent et celles qui malgré elles me rejettent, je suis à peu près certain de me retrouver très vite là où je ne pensais jamais atterrir (c’est ainsi que la probabilité de me trouver à comparer le prix des navets bios un samedi matin sous la pluie n’est pas nulle).

Alors dans le chaos, dans la violence du hasard, l’inattendu dessine des constantes, des vérités auparavant illisibles. Quand tout s’efface sous la pluie des différences, le maquillage coule en premier (chez certains, il est waterproof). Il reste une trame, des traits plus simples et plus clairs, des perspectives plus nettes qui expliquent des compositions trop complexes. Devant les navets bios, les yeux fixant le ciel, je regarde les nuages crever sur moi en torrents diluviens, les cheveux collés aux épaules, faisant couler le long de mon corps et jusqu’aux égouts des idées inutiles, obsolètes, étrangères, parasites et sans avenir. Elles s’en vont rejoindre dans le caniveau quelques pommes abîmées et deux têtes de poisson. Peut être seront-elles la proie d’un chat de gouttière en quête d’inspiration. Alors la perte s’achève, je retrouve mes repères et je me reconnais, je lâche mes navets bios et cours acheter un pot de Ben and Jerry’s Cooky Dough.

Je dois cependant confesser qu’une de mes pertes favorites ne doit rien au hasard ni au vagabondage. On peut se perdre dans une rue, dans un labyrinthe, ou devant les navets bio sur un marché douteusement bigarré. Mais depuis une éternité (avant que je ne découvre les crèmes glacées hyper caloriques, donc une éternité), c’est dans le temps que je me perds le mieux. Entre les pages d’un album photo (n’est il pas légitime d’être nostalgique quand on approche de ses 5 ans ?), au fond de mes placards lorsque je décide de les ranger (goût prononcé pour l’archéologie détecté très tôt), j’adore me perdre. Mais le top, c’est le grenier (normal… par définition… oui d’accord il reste le toit dessus, mais on s’y perd difficilement).

Depuis de longues années, il y a près de chez moi un grenier remarquable. N’ayant pas la chance de disposer moi même d’un grenier, mes rêves étaient cruellement privés d’antichambre, et les portes du ciel me semblaient parfois redoutablement verrouillées. J’ai donc été contraint par ces dispositions inhumaines à utiliser des greniers étrangers, et il se trouva que mon oisiveté curieuse était la clé de l’un des moins conventionnels.

Le grenier des anges se trouvait sous le sol, c’était un grenier qu’il fallait mériter. Plus qu’un grenier, c’était l’idée d’un grenier, un essentiel, une réduction de grenier, un grenier d’urgence qu’on pouvait pénétrer si on se faisait suffisamment petit.

Alors commençait un voyage plus grand qu’on eût jamais pu l’imaginer dans 9 mètres carrés (et 1 mètre 60 de hauteur sous plafond). A chaque pas fleurissait un univers, on se retournait, et c’était encore une autre époque, un autre rêve réduit ici, stigmatisé, mis en scène ou en carton. D'insignifiants détails empilés dans une anarchie savante donnaient au visiteur juste ce qu’il fallait d’anecdotes légères pour que l’exotisme soit vraisemblable. L’importance que revêtaient ces objets dérisoires leur provenait de la distance et du temps qu’il leur avait fallu parcourir pour nous atteindre. Ils nous amenaient les soucis du quotidien qui donnaient aux anges leur importance, à la beauté sa nécessité. Sur les pavés glissants, la nuit pouvait tomber, mais au dedans, toujours, il suffisait d’ouvrir une malle pour qu’un parfum vous transporte dans le nuage poudré d’une belle du dimanche, ou mieux encore qu’il vous laisse entrevoir le printemps prochain dans le bouton de rose qu’un chérubin effeuille au bord d’une fontaine.

Seules les frontières du rêve cantonnaient cet espace, et le temps élastique en repoussait les murs.

Derrière les monceaux scintillants, on percevait la présence d’une dame. Seulement sa présence, pas son existence. Un être sans âge éternellement jeune, ou éternellement vieux, qui s’était répandu parmi tout ces bibelots, exposant une vie mieux qu’on la raconterait.

Car après tout, qu’est-ce qui mieux qu’un grenier peut raconter la vie ? Ici le temps est couché en strates distordues. La complexité des influences est méticuleusement retranscrite par l’empilement progressif et aléatoire de ce qu’on laisse derrière soi. Les humeurs indescriptibles reparaissent à la faveur d’une lumière imprévue. J’aime ouvrir les greniers comme on ouvre une boite à musique. D’abord, tout est mort. Puis on ouvre, et la musique jaillit, la lumière d’un regard traverse le prisme des années et fait naître sur les murs les images du passé.

Les greniers parfois s’échappent. Ils sont si près du ciel, imaginez le vent. Alors on les oublie, comme on oublie un rêve. Et au détour d’une rue, on tombe sur cet endroit, sur ces sensations oubliées, et le grenier des anges est à deux pas de chez moi.

Comme ce grenier auquel je pense depuis une semaine, ce grenier qui m’échappe, mais dont je n’ai jamais voulu m’échapper. Cet endroit gris et sombre où ma sœur et moi finissions en douce les repas de famille trop pesants, et où nous voyagions sur des photos de calèches que de lourds chevaux tiraient fièrement. Là se rejouaient les jeux du passé, les insouciances surannées reprenaient du service. Dans des berlines de métal, escortées d’un régiment de soldats de plomb, les années quittaient les lieux. Et tous ces enfants s’affairaient ensemble. Ma sœur et moi réglant sur un tableau noir des comptes très importants, ma mère de 6 ans écrivant sur son cahier de poésie, mon grand père s’appliquant à quelque nature morte pour son cours de dessin, mes oncles se moquant de ma tante et de son vieux landau.

Dans les coins on trouvait des boites sombres et scellées où les peines et les épreuves étaient enterrées. On les cachait ici mais on les lisait mieux dans les sillons qui serpentaient sur les visages de mes aïeux. Parfois la lumière se perdait dans cet encombrement. Elle soulevait les draps blancs qui séchaient sous les toits, et la poussière des craies dansait dans la clarté furtive. Le grenier était alors comme un champ à la campagne, parfumé et frais, où sous des arbres fruitiers, une dame regardait ses enfants jouer dans la lumière.

Une dame sans âge, qui montait les draps pour qu’ils sèchent sous les toits. Elle s’est envolée, au gré du dernier souffle, vers des clartés plus permanentes. Mais il reste le grenier, si près de chez moi, où j’aime tant me perdre.

Il y avait, du temps de grand-maman,

des fleurs qui poussaient dans son jardin.

Le temps a passé, seules restent les pensées,

et dans mes mains...