Une fois de plus, me voici volant au secours de l’exhaustivité informative du net. Une fois de plus, je mets mon expérience et ma capacité d’analyse au service d’un vrai problème de société qui reste à ce jour honteusement passé sous silence.
Je dis une fois de plus car il y a un moment j’avais écrit une note vraiment intéressante sur la mégalomanie et ma misanthropie des chats. Après j’ai écrit des poèmes que personne comprend et mis des photos de moi, de moi et de moi mais dans différents endroits. Ça reste du service public, mais là je reviens au journalisme d’investigation.
Tout a commencé alors que tôt ce matin (si, j’arrive très tôt au bureau. Je lève 10 minutes avant. Je me lave les dents dans ma voiture. Je ne mange pas, je danse.), je prends mon poste, et plein d’enthousiasme me prépare à entamer une longue journée de travail acharné en gogolisant sur le thème « épilation kiwi ».
Quel ne fut pas mon désarroi en constatant qu’en France, en 2009, un citoyen qui cherche à s’informer sur l’épilation du kiwi peut tout à fait se brosser. Rien, pas une info, presque aussi peu que sur la comédie musicale « Rabbi Jacob », silence radio. Moi qui suis habitué à manipuler des informations confidentielles (sisi, elles le sont quand je les reçois, après…), j’ai enfilé mon costume de Fantômette, commenté les statuts facebook de Boulotte et Brindille, (ou Ficelle, je sais plus) et j’ai commencé l’enquête derechef.
Tout d’abord, et si je puis m’exprimer ainsi « en premier lieu » (désolé c’est Brigitte qui rédige cet article), j’aimerais attirer votre attention sur le caractère crucial de l’enquête. Oui, je sens que vous doutez du bien fondu de ma démarche (en tant qu’ex-mini-miss ma démarche est parfaite). Laisser moi donc souligner d’un trait d’eye-liner les enjeux paranormaux de cette problématique quasi-ministérielle.
Pour le consommateur. Qui bien malgré lui ne peut se résoudre à suivre les conseils avisés des médecins nutritionnels « bouffez des kiwis, c’est tout plein de vitamines » « A ben non c’est surtout tout plein de poils ». Du coup on mange des chips, du nutella… Des nourritures lisses. Et les américains sont trop lourds, et leurs avions coulent dans les rivières parce qu’ils sont plus lourds que des bateaux (il faut vraiment que j’arrête de penser avec la voix de Brigitte, ma réflexion s’en ressent).
2- Pour le kiwi. En effet, il est indubitable qu’on croise rarement un kiwi sur la plage. Vous êtes vous déjà demandé pourquoi ? Non ? Egoïste, ouvrez les yeux sur la société qui vous entoure ! Si vous étiez aussi poilu qu’un kiwi et dans l’ignorance totale et forcée des procédés d’épilation adaptés à votre nature de peau (peau verte), je doute fort que vous vous afficheriez en bikini à Copacabana ou Venice. Résultat : un teint verdâtre toute l’année, et une mauvaise fixation du calcium par les os (la fragilité des os du kiwi est en général alarmante). Par ailleurs, j’écoutais discrètement ma corbeille à fruits ce matin, et je puis vous certifier que le Kiwi est au bas de l’échelle sociale. Les oranges, mais aussi les poires et même certains litchis, répugnent à côtoyer de trop près nos velues vitamines.
3- Pour la science. Car vous vous rendrez compte au fur et à mesure de cet article que je suis tombé bien bas l’épilation du kiwi est un challenge technique hors du commun.
Commençons, comme mon éthique scientifique sans faille l’impose, par analyser scrupuleusement (pfiou c’est un mot vraiment pluri-syllabique –merci Brigitte) les principaux problèmes qui s’entasseront sur notre chemin alors que nous parcourrons joyeusement la route qui va du hérisson à la méduse.
Je pense que c’est l’occasion de reprendre une numérotation, gage d’organisation préméditée de la pensée.
1- L’abondance du poil. Comme le dit le vieux mais non malodorant proverbe auvergnat : « kiwi n’est pas carotte ». Tout est dit. Ainsi notre adversaire ne sera pas un toupet maigrelet, mais une toison à rendre jaloux Jason (mon cochon d’Inde). Par ailleurs la dite toison est pourrait-on dire omni-et-équi-localisée au travers de la surface circonférentielle du kiwi sus-nommé. Donc si le kiwi est un fruit de surface raisonnable, au regard d'une courge par exemple, sa pilosité tire le maximum de cette petite surface. Un peu comme le Japon.
2- Le kiwi possède par nature une peau sensible. Ceci est certainement dû au fait que le kiwi est en général très jeune. Quelques mois, guère plus. Imaginez vous épilant un nourrisson de 3 mois, cela demande des précautions (boules quies par exemple, fusil à dard tranquillisant). D’ailleurs rien qu’en le mangeant (le kiwi), on s’en rend compte. Un coup de langue un peu brutal sur un kiwi retourné, et on se retrouve avec un lambeau de peau velue entre les dents. C’est fâcheux.
3- Le kiwi, contrairement au nourrisson, n’exprime pas sa douleur (et tant mieux. Et il ne sent pas mauvais non plus). Il est donc délicat de savoir à quel moment on irrite la peau de manière critique. Entre nous, la douleur du kiwi, je m’en bats les grelots. Mais j’ai l’habitude que s’abattent sur ce blog les plaintes d’associations protectrices du droit des fruits, donc je prends les devants. Ainsi chaque kiwi utilisé dans le cadre de ces essais aura au préalable subi un séjour de 2h dans la chambre d’anesthésie pas le froid spécialement installée dans ma cuisine (frigo), une injection de morphine, un grand soin splendide Annick Goutal, et passera après les tests 20 minutes dans le spa pour pieds que Concile m’a offert pour Noël. Avec ça on devrait me laisser épiler mes kiwis en paix.
Passons maintenant au sauvetage de l’humanité : les solutions. Évidemment, mon sens pratique m’a tout d’abord poussé vers le rayon déforestation épilation du Prisu (ou de ma salle de bain, où le choix est autrement plus grand).
Ont été éliminés après de courts essais : un fer à repasser (n’ayant jamais servi), une paire de rollers, une cage à lapin, un séchoir à linge, une robe de soirée (Concile, elle est à toi, mais je te préviens, elle n’est d’aucune utilité quand se pose la problématique de l’épilation des kiwis), et 32 magasines de mode masculine.
Ont été retenus pour une série d’essais plus poussés :
- L’épilateur électrique. Indubitablement un redoutable défricheur, mais j’ai peur qu’il ne respecte pas la peau du kiwi. Par ailleurs, sa tête plate, fort adaptée à mes larges pectoraux, n’est pas performante sur la surface sournoisement recroquevillée du kiwi.
- La crème dépilatoire. Nous en connaissons les avantages : elle est indolore, et la repousse du poil est plus fine et plus lente. Inconvénients : le kiwi fut dissout, et son goût inexplicablement dénaturé. Mais plus de trace de poil.
- L’épilation au laser. Elle a évidemment pour avantage d’être plus ou moins définitive. Quoi que mes amis maraîchers m’informent que pour le kiwi le problème de la repousse est de toute façon secondaire. Cependant, bien que disposant d’une cage à lapin d’assez beau gabarit, je n’ai aucun laser dans mon armoire à épilation. J’ai essayé avec la lumière bleue de mon porte-clés lumineux, mais j’ai grillé la pile avant qu’un poil ne tombe. J’ai bien sûr essayé mon sabre laser, mais il s’avère plus utile quand il s’agit d’émincer le fenouil. Alors j’ai collu le kiwi dans le cro-ondes. Mais le kiwi il explosu. Et le cro-onde l’est foutu. Bilan : l’épilation laser n’est pas pour les kiwis (j’adore écrire des phrases comme celle-ci). Ou alors en institut. Mais je ne vais pas prendre rendez-vous avec l’esthéticienne chaque fois que je veux me faire un kiwi…
- La cire : pas question de cire chaude, ça ramollirait le kiwi, et vous savez aussi bien que moi que c’est la dernière chose dont il a besoin. Donc cire froide Sultane de Saba sur le kiwi comme la petite vérole sur le bas clergé. Je pense que je ne vais surprendre personne en révélant que la cire froide ça n’enlève que la moitié des poils. Et j’ai pas pu faire une seconde passe car cette cire au sucre et à la fleur d’oranger était vraiment délicieuse sur une tranche de brioche perdue.
- Le vénus 3 lames : deux problèmes majeurs. D’abord le kiwi se douche rarement. Ensuite la repousse ! On va rien solutionner si on transforme le kiwi en cactus. Epineux problème s’il en est…
Bilan des courses : contre toute attente, les moyens d’épilation classiques ne sont pas étudiés pour la peau du kiwi. Telle le ventre d’un dodu portant un t-shirt serré, la discrimination dont est victime une certaine catégorie de fruits exotiques en ce début de 21e siècle est enfin révélée au grand jour.
Et telle un string entre les fesses d’une potelée, la solution demeure introuvable.
Mais tel un pit-bull accroché au mollet ridé d’une grand-mère, je ne lâcherai pas l’affaire. Ainsi j’ai créé une gamme complète de produits dépilatoires spécialement adapté aux pilosités abondantes mais fragiles telles que celle des kiwis. Laissez-moi plutôt entamer une nouvelle énumération, gage d’exhaustivité.
- Le scotch : sa texture flexible lui permet d’épouser fidèlement les courbes rebondies de ce diablotin de fruit. D’un pouvoir arracheur élevé, il convient aux kiwis fermes au poil rebelle. A déconseiller aux individus trop mûrs (hein tante Aglaé… no comment).
- Le post-it : parfaitement adapté aux petites surfaces, il permet un travail de précision. Plus doux que le scotch, je l’utilise pour les finitions autour du pédoncule. Irrésistible. Pour les plus riches, il peut être remplacé par un timbre poste, ou un timbre fiscal. Idée reçue : le ticket de métro n’est d’aucune utilité pour l’épilation. Même léché abondamment, il ne colle pas et n’arrache rien.
- Le grattoir à vaisselle : utilise le procédé d’usure du poil. Gare à la repousse ! Bonus : il rend la peau très douce. Je conseil de l’utiliser en entretien uniquement. Pas besoin de produit vaisselle, un peu d’eau tiède suffit.
- L’épluche légume : parce que le vieil adage Hun « plus de peau, plus de poil » est aussi vrai pour les kiwis.
Et comme je n’ai pas découvert les soins de la peau avant-hier en lisant GQ, j’ai aussi pensé à une gamme de produits hydratants pour soulager la peau après ces petites contrariétés ! La sensation de tiraillement n’est plus qu’un mauvais souvenir.
Enumérons derechef afin d’exploser nos objectifs clarté :
- Toute une gamme de crèmes glacées à des fins d’apaisement par la congélation. Certaines élaborées selon des recettes américaines, à utiliser si votre kiwi a une peau à tendance sèche.
- De l’huile. Avec le kiwi je préfère l’huile de noix de coco à l’huile d’olive. Mais libre à vous de bouffer de la glace au basilic. Parfait pour frimer à la plage ! Quel bogosse ce kiwi !
- Des crèmes hydratantes, raffermissantes, fouettées avec un zeste de citron. Car je le dis et le redis et le martèlerai tant qu’il faudra : UN BON KIWI EST UN KIWI FERME ! et épilé.
Et voilà, votre kiwi est à présent lisse, ferme, détendu, rincé du stress de la vie moderne, et surtout à la pointe de la séduction. Votre kiwi a confiance en lui et vous le ressentez. Son bien être rejaillit sur votre beauté, et imaginez plutôt… En bikini à Marrakech avec votre kiwi… Dans un chalet-spa à Davos…
J’ai failli oublier la dernière étape : jeter le kiwi dans le blender, et consommer le smoothie avant que les vitamines ne s’en aillent.
Prochaine note pratique et nécessaire : comment estomper les callosités des litchis.
Et si c’est ça je te colle les palétuviers en musique d’accueil. C’est aussi bien que la mitrailleuse de Concile.







