mercredi 15 juillet 2009

Ici commença l'errance

Foulant le pavé de la place de la gare, ses souliers trop durs faisaient claquer le roc. Les bruits secs s’échappaient de ses pas et se heurtaient aux fenêtres opaques des hôtels. Ils tranchaient un brouhaha coulant qui se dissolvait avec absurdité dans l’atmosphère étouffante. Etouffante d’indéfinition, d’indétermination, d’énergie perdue, d’harmonie sacrifiée. Tant de vie pourtant, effervescente en apparence, affolée en réalité, inexploitable, incompréhensible, assaillait ses oreilles et empêchait par quelques violentes bourrasques sa progression.
La pluie tombait effectivement, mais la moiteur dont il souffrait était plutôt étrangère aux intempéries. Chaque inspiration embuait son thorax. Sur sa peau perlait en gouttes translucides un monde saturé. Parfois la buée épuisée s’écoulait et traçait sous sa chemise une ligne glaciale. Son dos aussi était strié, inlassablement parcouru par le monde en chute libre.
Perdu dans sa fièvre il resta un moment debout sur la place. Les avenues tournaient joyeusement et secouaient les passants. La ville formait un labyrinthe en réinvention permanente. Il profita d’une immobilisation temporaire des axes pour regagner le bord de la fontaine, sur lequel il s’assit. L’eau bavarde médisait derrière lui, la buée sur ses vertèbres se glaça. Il mourrait de ne pouvoir répondre. Il eut pour cela fallu comprendre. Mais les éclaboussures arrivaient indistinctes à ses oreilles enflammées. Un casque bourdonnant gardait l’eau tranchante à distance, et derrière lui elle jacassait toujours. La machinerie de la fontaine attisait sans cesse l’agressivité des eaux bleues. Elle brassait, elle battait, elle entretenait les confrontations. Laissant le chaos bouillonnant dans son dos, il se ferma un instant et se rendit sourd. Se concentrant il tenta de sentir dans ses veines quelque chose de fluide, enfin, de doux.
Le marbre froid de la fontaine sous ses cuisses, le monde coulant entre ses omoplates, il se pencha en avant, les mains sur les genoux. Sa cravate touchait presque le sol et au gré du vent montrait diverses insignifiances du sol. C’est par les pieds que la solution le pénétra.
La fièvre rendit d’un coup les souliers insupportables. Ouvrant enfin les yeux sur les nœuds serrés de ses lacets, il se concentra à nouveau et dénoua les liens. Les chaussures glissèrent le long de ses pieds essoufflés, et frappèrent une dernière fois les pavés humides. Caressant ses chevilles, saisissant son talon dans sa paume, il laissa tomber au sol ses chaussettes. Le monde déjà avait un peu ralenti. Il déposa la pulpe de ses pieds sur la place de la gare, le sol répondait d’une égale pression. Satisfait il se retourna et fit face à la fontaine. Le monde enfin n’était qu’un bouquet d’orteil. Seul le pied importait dans sa conscience. Les orteils ne mentaient pas, il le sentait. Il remonta son pantalon en le roulant le long de ses mollets. Quelques gouttes déjà se perdaient entre les poils de ses jambes. Etirant leur fraîcheur en pistes translucides, elles tentaient de calmer les veines colériques qui sillonnaient cette chaire libérée.
Alors il plongea entièrement le pied dans la fontaine. La planète venait de changer. Il y avait dans ce bain toute la lisibilité qu’il recherchait dans le monde. Tout était clair, le sens des remous, le bruit de l’eau, ces murmures calomnieux étaient enfin traduits. Epris d’une extase étonnante, il se garda un moment de bouger, conscient qu’il était dans la fontaine un invité sauvage. Puis se sentant apprivoisé par les éléments, il commença à tracer dans l’eau des cercles irréguliers. Il lui semblait respirer par le pied. La clarté, la simplicité, la vérité, l’oxygène, entraient en lui par cet espace entre les orteils et la moitié du mollet. Son corps et son âme puisaient la fraîcheur avec avidité, avec l’enthousiasme vert et excessif des adolescents sanguins.
Chaque passage dans ce mollet immergé semblait purifier un peu plus son sang. Les fièvres traversaient sa peau, il se sentait comme un pèlerin, fourbu en route, à qui l’hôtesse providentielle lave les pieds. Une forme d’humanité réapparut progressivement en lui. Le rideau grisâtre qui le protégeait des extrémités du monde se fit lambeau. Les éclaboussures de la fontaine perçaient le triste tissu comme l’acide. Par les balafres s’engouffraient des glaives blancs et froids. Ils attaquaient l’armure noire, la veste et la chemise, et ces brumes imbéciles qui paressaient dans sa tête.
Il avait vécu effondré dans son costume depuis des décennies. Ses vêtements le portaient et le déplaçaient, et seul le nœud de cravate suffisamment serré soutenait sa tête là haut, comme une baudruche. Le reste du corps pendait dans le trois pièces.
Il sortit les pieds de l’eau et les posa au sol. Il ressentit la fertilité du monde. L’air tournoyait autour de ses mollets humides, et l’eau qui se répandait à ses pieds fit germer en lui un squelette. Très vite il sentit pousser dans ses jambes les os qui lui manquaient. La trame croissait allégrement, et il respirait à peine lorsque la longue armature transperça son dos, puis sa nuque, pour enfin fleurir en un crâne fier.
Il se sentit enfin la force d’imposer au costume un mouvement, une direction, une destination. Ce col arrogant qui lui tenait la gorge, comme une main castratrice qui tournait son regard vers les horizons convenables, semblait faiblir sous les coups répétés de la jugulaire renaissante. La conscience alluma son regard et il balaya le monde éclairé.
Il se mit alors en route, mu par un hasard méthodique qu’il avait élu unique méthode efficace pour explorer le monde.
Enfin il portait ses vêtements. Il les sentait faibles sur sa peau, vulnérables attachés à son corps. Il les emmenait avec lui, hors de leur univers, là où le sens des conventions s’évapore. Il décida de ne pas infliger à sa prison l’affront de l’exil.
On trouva sur son chemin un pantalon, une veste, une chemise, une cravate, épuisés, assoiffés, abandonnés. Ce fut leur seul procès. Il ne se retourna pas. Hypnotisé par son essence nouvelle, enivré par la simplicité du monde, il flottait sur des marais sociaux. Il n’avait pas faim, il se nourrissait du contact du monde sur sa peau nue…
Ainsi commença l’errance.

samedi 11 juillet 2009

City lights

City Lights

Bien avant mon réveil j'empreinte chaque jour
les trottoirs argentés qui drainent mes espoirs
et j'entends résonner les pavés de velours
Que mon regard éteint couvre d'une ombre noire.

Je croise ma silouhette mille fois répliquée
sur les vitraux laiteux d'églises grillagées
Mes réflections et moi envahissons la ville
Et je sens dans mon dos les clones en longue file.

J'ai quelques fois rêvé que je me retournais
que je m'arrêtais net sur le sentier de guerre
Eteint sur le trottoir je redoute l'arrêt
Et le regard de ceux que j'ai laissé derrière.

Je le vois derrière moi, ce doigt accusateur
cette image figée, ce slogan incendiaire
Qui condamne ma fuite mais ne voit pas mes pleurs
Je sais bien qu'il se meurt celui que j'étais hier.

Pourtant chaque folie en moi est légitime
j'ai acquis l'évidence de mon obstination
Et je commets sans cesse l'interminable crime
De n'être qu'une fuite, une destination.

Déjà dans mes empreintes fleurissent des statues
Les mémoires figées de mes instants déchus
Des rendez-vous ratés s'abattent en nuées
Sur ces photos de moi que j'ai désincarnées.

On s'attache à mes mues et je tombe en lambeaux
Alors que je serpente entre ces étrangers
Qui tiennent des miroirs menteurs fourbes et faux
Sur lesquels leurs visages sont à jamais gravés.

Je reste sur mon île apaisé dans la nuit
Ici tout est serein et ma vérité luit
Et je sens les trottoirs s'écouler sur ma vie.
Les boulevards agards me contournent et m'oublient.

Les remous que je laisse dans le flot d'une foule
Seront mes biographes les plus pertinents.
L'écume des regards blanchit sur cette houle
Et la ville s'éclaire sous ces rayons tremblants.

dimanche 24 mai 2009

I don’t get older, i just get Worse.

Much worse…

 

Photos à l’appui!

Un week end à MickeyPark…

 

Et le gâteau qui va avec…

 

and my amazing dream times with my Viking, making the world look like a singing rainbow!!

In Jersey…

 

In Quimper…

 

“There is more to life than hair, but it’s a good point to start”… That’s how wise i am on my 28th birthday. Sun has never been brighter, i just wish i could hold time and Vikings in my arms for just a bit longer…

vendredi 15 mai 2009

Fenêtre sur noir

Il restait encore bien trop à faire pour tolérer de fermer les yeux. Trop à transformer pour accepter de perdre la main sur le monde. Quel cruel constat d’échec de se savoir obligé de marquer ces pauses honteuses alors qu’on n’a parcouru qu’une portion ridicule du chemin.

Alors on reste capricieux au fond d’un lit insupportable, dans un fauteuil solitaire où à une table, candélabre à la main pourfendant d’obscurité et le temps qui l’accompagne.

Un pauvre bonhomme aux muscles tremblants et moites retient vainement d’énormes paupières au poids croissant. Il lutte pour laisser encore un peu entrer la lumière, pour garder le lien avec le monde. Mais en vain.

Les portes de la nuit se ferment lourdement, les couleurs s’évadent par les derniers interstices alors que déjà des formes étranges investissent l’espace sombre. La prison est étanche et ses gardiens incorruptibles. Le parallélisme des mondes est à présent complet. La raison a beau frapper aux paupières, le rêve est une autocratie totalitaire.

L’anarchie sourde ne veut rien savoir. Elle est réfractaire au possible et se joue du vraisemblable. On est ici prisonnier des libertés extrêmes, en apesanteur, dans le vide, la course n’a aucun effet de déplacement. L’agitation est vaine, l’indignation inexorable est pure futilité. C’est tout noir dehors. On se tourne vers l’intérieur et là c’est infini. Ce n’est pas noir, c’est indéfini, c’est insoumis. Des fuyantes ondulantes sont des autoroutes par où les conforts s’enfuient. Tout est glissant, tout est mouvant, tout est infiniment stratifié, découpé, entremêlé. Rien n’est saisissable, tout s’impose avec insolence, dans une forme d’évidence étrangère à tout. Rien ne se justifie jamais.

Tout est masqué, tout est apparemment familier et profondément étranger. La reconnaissance est un jeu de dupes. L’identité est un pari dans ce monde ci.
Suis-je une peur, suis-je une envie, un souvenir, une trace du futur, un plaisir, une blessure ? Mes coordonnées sont brouillées. Un grand vent de choses et de faits mêlés mélange les époques. La visibilité fluctue au gré des bourrasques et la boussole se dilue. L’aiguille divisée indique un chaos certain.

Derrière les bosquets un passé indompté guette et gronde. Je sens son souffle si réel, aucune grille, aucune barrière ici ne le retient, ne l’empêche de saisir ma gorge exposée. D’un bond il me rattrape, et nous roulons ensemble le long d’une pente qui accélère notre fusion. Son souffle dans la gorge je parle son langage. Il attend des comptes, je lui dois quelque chose. Sur cette feuille qu’il plaque presque à mes yeux, des dettes sont gravées, indélébiles. Le fauve accroche à mon pied ces heures pétries en un boulet pesant, qui fait lorsque je marche le même bruit que mes peurs enterrées. Enterrées vivantes.

Ces cadavres côtoient les sylphides volages que sont mes chères utopies. Elles dansent aussi ici, où je peux les saisir, m’enivrant de leurs capiteuses réalités. Ainsi vont les marées, d’un extrême à l’autre, usant des rivages en fusion. Les instants valsent et s’échangent, le puzzle du temps forme un dessin abstrait, plein de sens.

Les choses, les faits, les personnes, sont imbriqués en une spirale qui lentement se serre. Tout s’essore et il en suinte un jus mystérieusement chargé de discours. C’est un flot de parole qui sort de la centrifugeuse, tous les non dits s’échappent, les tâches s’expriment enfin en trépassant. Chaque recoin de vérité s’éclaire sous la lumière crue de néons blessés qui donnent à mon histoire leurs dernières étincelles.

Tous ces flashs soulèvent la poudre blanche du sommeil. Chaque parcelle de mon corps voyage indépendamment, au gré de flots déstructurés. Je croise parfois mon pied au bras d’un souvenir. C’était un repas de famille je crois. J’étais assis un peu partout, à différents âges, toujours affamé certainement.

Je me baigne dans la boule de cristal, un tout petit endroit sans horizon où tout vous vient en fièvre, où tout s’impose, rien ne s’explique. On y apprend la modestie de ne rien comprendre. Celle qui nous attaque, si acide, quand on se perd sur les bancs du cours supérieur. On se dit qu’on n’arrivera pas, y est déjà. On n’arrive nulle part, tout arrive à nous, tout nous vient, tout s’exhibe très vite. Mais pour l’inimaginable une existence d’un instant est déjà interminable.

Mais un rayon de lumière vient se glisser dans les rouages insensés de cette machinerie. Les ressorts sautent un à un, les visages du passé fondent en un cri, ceux du futur comme des bulles éclatent. Le jour abat son poignard à travers l’oreiller. Le monde redevient médiocrement sensé, il redevient envisageable d’en prendre le contrôle.

Le réveil déroule la pelote du rêve en tissant cette masse brute en un long fil de temps. Tout reprend sa place, ce qui devait rester à l’écart ne se touche plus. Il reste quelques tâches de ce mélange violent. La bande magnétique qui se lit calmement grésille de temps à autre. Dans des bruits parasites on croit alors entendre, puis on le nie bien sûr, les voix hantées des songes.

jeudi 7 mai 2009

Un lac, des signes

On y retourne!

Chanson de l'acte 2 quand le personnage principal, enfant, écrit à l'amoureuse qu'il a rencontrée...

Zik:


Découvrez M.I.A.!


Viens,
Et lis dans ma main ce beau dessin
La ligne du destin

Chants du matin,
Les émois des amours enfantins
N’atteignent pas demain.

Nos jeunes âmes ces oiseaux sauvages
Enfin libérés couraient sur la plage

Les dunes blondes se cambraient sous nos pas
Et le vent jaloux cueillait à tes lèvres
Les fleurs de nos joies

Rien
Sur la terre et rien non plus au ciel
N’a été si fidèle

Mais tu es loin
Et les lignes tendres de ta main
Sont un lointain chemin


Ton au revoir
A semé le noir
Mon image seule pleure dans un miroir

Les souvenirs
S’envolent au soleil d’été
Comme le temps aussi évapore la vie
Les amours trop verts
Les amants d’hier
Ne voient pas l’hiver

L’ardeur de l’enfance consumée
Des années partent en fumée
L’innocence est en cendres
Le chant des Cassandres
S’en va les répandre

(2 descentes instrumentales)

Rien
Sur la terre et rien non plus au ciel
Les éternels sont irréels
(Descente instrumentale)


Rien
Sur la terre et rien non plus au ciel

Rien
Sur la terre n’est vraiment éternel.