Mon ange,
Il y a deux jours à peine, que je me promenais, sous un soleil de plomb et les arbres du parc. Venu faire prendre l’air et quelques belles couleurs à ma mélancolie, je transpirais sans vous des sentiments sucrés, et gorgeais mes poumons de jeunesse et d’été. Une chaleur ardente tabassait mon hiver, et après quelques heures de ce combat inégal, je rendis les armes. Me vint alors l’idée de marcher à la roseraie. Plus qu’une idée, il s’agissait en fait d’une obligation, d’un besoin impératif, de marcher à la roseraie. Ainsi mon jour s’était il levé. Il fallait se laver, s’habiller, manger, et aller à la roseraie. Je compris bientôt les raisons de cette imprévisible impulsion.
Alors que la brise de juin portait doucement à mes narines les premiers parfums fleuris, il me sembla démêler de ces douceurs enchevêtrées le son de votre voix. Mon ange, une fois de plus, vous m’aviez donné rendez vous. Vous ne le saviez pas, et moi non plus, et c’est de cette manière-ci que nos retrouvailles ont toujours été les plus certaines. Au premier de mes pas le long des parterres fleuris, j’entamai avec vous une délicieuse conversation. Je vais essayer de vous en rendre compte. Je serais bien égoïste de garder pour moi-même tant de délices donc vous fûtes la source.
Oui, bien sûr mon ange, comme souvent votre peau fraîche était bien loin de la portée de ma main, et vos boucles brunes s’ébattaient dans des bourrasques que d’autres respiraient. Mais mon amie, je jure que rarement je vous sentis à mes côtés avec autant de force et de certitude. Vous ne fûtes jamais moins vaporeuse.
Sur ces roses vos yeux, ombragés par d’élégants soucis, se posaient avec complaisance. Vous n’êtes pas du genre à dénigrer les fleurs fanées, heureusement. Vous vous penchiez à leur chevet, prenant tant de souci pour ces fragiles pétales, bien désarmés face à un soleil de juin. Au passage un parfum vous faisait tressaillir. Je me penchais également, tout près de votre nuque, sentant la jeune fille qui sent si bien les roses, et prenait bien du souci également. Si le soleil seul vous menaçait, mes tourments seraient vite dissipés.
Dans le silence de l’été, si lourd qu’il étouffait jusqu’au bruit de nos pas dans allées de gravillons, vous laissiez échapper quelques vers sur l’ironie meurtrière des étés…
« Quel triste histoire- expliquiez vous aux jeunes fleurs- ; ce même soleil qui hier vous fit éclore et vous rendit si belle, aujourd’hui brûle vos ailes. Profitez bien de l’envolée du jour, le soir peut être serez vous à la terre ».
Je restais silencieux. Je n’ai jamais rien su ajouter à vos belles évidences. Je courrais derrière elles, comme on chasse les papillons.
En moi je m’émerveillais des miracles qui naissent certains jours d’été. Me voici à ma place dans ce grossier cliché. Une muse à mon bras, des roses plein les yeux, dont les parfums en moi faisaient naître des sonnets entiers. Il suffisait de respirer pour se sentir Rimbaud. Qu’advenait-il du monde sous ces chaleurs heureuses ? De toutes ses bêtises qui l’enlaidissent bien, de ce terreau abjecte où poussait ma révolte ? Rien sans doute. Je vous voyais en 1910, couverte de dentelles blanches, montée sur des bottines, surmontée d’une ombrelle. J’étais fier en habit, me sentant honoré, d’avoir conçu pour vous cet écrin délicat où vous étiez heureuse.
Pourtant au loin, derrière les vallons artificiels du jardin des plantes, montait en fumée jaune la fièvre de la ville. L’été s’englue là bas dans le bitume chaud, et le parfum des roses ne sent que dans les livres. Vous parlez des beautés que l’on trouve là bas, qui plongent leur racine dans la réalité. Vous riez de nos bulles, vous buvez à nos joies comme on boit du champagne, heureuse de l’ivresse de ces heures d’artifice, augmentée du savoir des réalités grises. Visitant la roseraie, vous étiez à mon bras une belle étrangère, fascinée par un monde intouchable que vous effleuriez du bout du rêve, souriant joliment pour dissimuler votre embarras face à tant d’exotisme.
Et pourtant chaque soir vos reveniez à moi croulant sous des brassées de fleurs des villes. Ces floraisons improbables qui colorent les pavés, vous seule avez ce talent rare pour les apprivoiser. Loin des drogues et des engrais de la belle roseraie, vous avez toujours su donner aux fleurs modestes assez d’estime pour que leur parfum ne quitte jamais notre quotidien.
Derrière ce buisson rouge monte à présent un ballon léger, suivi de quelques secondes par le cri déchirant d’un enfant désespéré. Le pauvre bambin, cloué à la terre par d’inhumaines sandalettes, regarde à travers un mur de larme sa fierté s’envoler dans le bleu saturé. Il lance à la poursuite du ballon fugitif des volées d’injures et des gerbes de pleurs. Mais les cris ne volent pas si haut que les ballons, et bientôt ils se fondent dans le bruit de la ville. Tant de cris prématurément lancés, tant de pleurs tombés du nid, pour un ballon perdu. Il faudrait plus que le vent de juin, même parfumé par quelques milliers de roses, pour apprendre à voler à certains désespoirs.
Nous parlons depuis près d’une heure mon ange, et pourtant cette roseraie est un désert. Dans mon esprit joyeux ma plume vous écrit avec allégresse. Mais lorsque je lève mon regard du feuillet noirci, il n’y a parmi les roses que la poussière des allées desséchées, et ma solitude qui monte en bourrasques fauves. Je parcours les chemins avec une grande application, tâchant de relever au passage tous les détails qui pourraient vous intéresser. Je vous fais part de mon projet d’exercer prochainement cette activité de manière professionnelle. Je me sens devenir un excellent visiteur de roseraie. Amplement supérieur aux mille badauds qui traversent les fleurs sans vous, et posent machinalement leur nez sur des pétales au hasard. Certainement le gouvernement aimerait à rémunérer une telle activité. En effet, à quoi bon planter le cœur de nos villes de telles splendeurs fleuries, si aucun homme ne sait rendre hommage à la poésie de ces lieux. Dès mon retour je postulerai, voilà qui est dit. Voici une activité respectable pour un jeune homme sensible. Sans doute m’épouserez vous bientôt si j’obtiens cette situation.
Déjà mes pas m’emportent loin des parfums élégants de la roseraie et de vos regards tendres. Je frémis en pensant à l’improbabilité des moments passés. Je pense, jalousement, à la beauté assurée et éternelle de ces bosquets. Qu’en est il de celle, autrement plus rare, autrement plus précieuse, et autrement plus fragile, de votre tendre cœur ? S’il en venait un, semblable au vôtre, chaque année au printemps, dans quelle belle harmonie baignerait alors la vie des hommes…
Mais vous êtes loin déjà mon ange, et pour vous embrasser il me faut trop souvent rêver. Je marche dans les rues et vous vous dissipez. Au coin de chaque rue un trait de votre souvenir quitte mes yeux, des yeux qui s’ouvrent à nouveau sur une réalité sans vous.
Je reviendrai à la roseraie, je vous y attendrai comme un amoureux sage, tortillant dans ses doigts sur un banc solitaire une lettre de vous lui donnant rendez vous.
lundi 28 juin 2010
mardi 8 juin 2010
Bad Boy
Bad Boy
Part 1 : Hell
Au travers d’un nuage de vapeurs parfumées,
Cachant son regard noir derrière ses verres fumés,
Il massacre sans joie un auditoire en transe,
A coups de lourds soupirs et de tranchants silences.
Entre ses lèvres filent en filets vaporeux
L’épaisseur de son âme, la noirceur de ses vœux.
Enfumant un donjon qu’il habite placide,
Il en emplit les douves de ses regards acides.
Pour eux ce bon à rien s’emmure dans sa niaiserie,
Ces brumes obstinées font suffoquer sa vie.
Ils n’attirent que les mouches, leurs faux amours amers,
Il leur préfère cent fois leur désaveu sincère.
Car les fumées opaques, les murs nauséabonds
Qui s’élèvent autour de ce mauvais garçon,
S’envolent du bûcher de ses rêves perdus.
Condamnés à la flamme par ses désirs fiévreux,
Et par le tribunal des conformes vertus,
Ce sont ses idéaux qui flambent avec eux.
Part 2 : Escape.
Filant dans sa voiture, fumant des idées fixes,
Des chapelets d’injure s’échappant de son disque,
Il mêle aux rugissements de son moteur furieux
Quelques sanglots ardents qui rougissent ses yeux.
Dans son torse en sueur s’écoulent des peurs bleues.
Parcourant ses artères, battant à son poignet,
Ecrasant la pédale en pesant dans son pied,
La peur prend le volant des mains du malheureux.
Palpitant à ses tempes en tambours infernaux,
Des essences de lui, en jus trop concentré,
Nectar insoluble dans la réalité,
S’écoule en torrent fier vers son prochain tombeau.
.
Derrière lui l’enfer et ses pattes velues
Déchirent encore parfois la peau de son dos nu.
Il est en équilibre à la surface d’un monde
Qui ouvre sous ses pas des entrailles profondes.
En route vers lui même, il est un funambule
Titubant au hasard, fuyant à perdre haleine,
Vers là où il n’est pas, où la vie est sereine,.
Il se heurte parfois aux spectres somnambules,
En filant au travers des plaines de son passé
Il y planta jadis des heures parfumées.
Dans ce jardin planté de fleurs incorruptibles,
Il posera sa vie, il dormira tranquille.
Part3 : Life
Désert de sable blanc, voici un bout du monde.
Dans le bleu pur du ciel vole l’ange doré,
Terrassant les démons des abysses profondes,
Il veille sur mes songes et mes jeunes années.
Entre mes jambes nues dansent des traînées blanches.
Face à ce soleil seul qui enfin me défie,
Je recule à pas lents dans un parfait silence,
M’enivrant de lumière dans le jour qui finit.
J’y brûle mes rétines pour revoir mon enfance,
Et sans me retourner, je marche doucement.
Si je quittais des yeux, le soleil aveuglant,
D’un geste foudroyant me frapperait l’absence.
Je regarde mes pas effacer mes empreintes.
J’arpente à reculons le cours des heures feintes
Remontons encore un peu
Quelques pas encore.
Alors contre ton corps s’achèvent marche et fièvre,
Et dans mon cou s’écrivent les lettres de tes lèvres.
Alors les yeux au ciel, guéris de leurs brûlures,
Se baignent dans le bleu d’un ciel sans armure.
L’ange trop seul se meurt dans un bleu infini,
Comme cet instant trop court où j’ai croisé tes yeux
Se meurt dans l’infini de ces jours nébuleux
Où seuls mes songes vains me raccrochent à la vie.
Part 1 : Hell
Au travers d’un nuage de vapeurs parfumées,
Cachant son regard noir derrière ses verres fumés,
Il massacre sans joie un auditoire en transe,
A coups de lourds soupirs et de tranchants silences.
Entre ses lèvres filent en filets vaporeux
L’épaisseur de son âme, la noirceur de ses vœux.
Enfumant un donjon qu’il habite placide,
Il en emplit les douves de ses regards acides.
Pour eux ce bon à rien s’emmure dans sa niaiserie,
Ces brumes obstinées font suffoquer sa vie.
Ils n’attirent que les mouches, leurs faux amours amers,
Il leur préfère cent fois leur désaveu sincère.
Car les fumées opaques, les murs nauséabonds
Qui s’élèvent autour de ce mauvais garçon,
S’envolent du bûcher de ses rêves perdus.
Condamnés à la flamme par ses désirs fiévreux,
Et par le tribunal des conformes vertus,
Ce sont ses idéaux qui flambent avec eux.
Part 2 : Escape.
Filant dans sa voiture, fumant des idées fixes,
Des chapelets d’injure s’échappant de son disque,
Il mêle aux rugissements de son moteur furieux
Quelques sanglots ardents qui rougissent ses yeux.
Dans son torse en sueur s’écoulent des peurs bleues.
Parcourant ses artères, battant à son poignet,
Ecrasant la pédale en pesant dans son pied,
La peur prend le volant des mains du malheureux.
Palpitant à ses tempes en tambours infernaux,
Des essences de lui, en jus trop concentré,
Nectar insoluble dans la réalité,
S’écoule en torrent fier vers son prochain tombeau.
.
Derrière lui l’enfer et ses pattes velues
Déchirent encore parfois la peau de son dos nu.
Il est en équilibre à la surface d’un monde
Qui ouvre sous ses pas des entrailles profondes.
En route vers lui même, il est un funambule
Titubant au hasard, fuyant à perdre haleine,
Vers là où il n’est pas, où la vie est sereine,.
Il se heurte parfois aux spectres somnambules,
En filant au travers des plaines de son passé
Il y planta jadis des heures parfumées.
Dans ce jardin planté de fleurs incorruptibles,
Il posera sa vie, il dormira tranquille.
Part3 : Life
Désert de sable blanc, voici un bout du monde.
Dans le bleu pur du ciel vole l’ange doré,
Terrassant les démons des abysses profondes,
Il veille sur mes songes et mes jeunes années.
Entre mes jambes nues dansent des traînées blanches.
Face à ce soleil seul qui enfin me défie,
Je recule à pas lents dans un parfait silence,
M’enivrant de lumière dans le jour qui finit.
J’y brûle mes rétines pour revoir mon enfance,
Et sans me retourner, je marche doucement.
Si je quittais des yeux, le soleil aveuglant,
D’un geste foudroyant me frapperait l’absence.
Je regarde mes pas effacer mes empreintes.
J’arpente à reculons le cours des heures feintes
Remontons encore un peu
Quelques pas encore.
Alors contre ton corps s’achèvent marche et fièvre,
Et dans mon cou s’écrivent les lettres de tes lèvres.
Alors les yeux au ciel, guéris de leurs brûlures,
Se baignent dans le bleu d’un ciel sans armure.
L’ange trop seul se meurt dans un bleu infini,
Comme cet instant trop court où j’ai croisé tes yeux
Se meurt dans l’infini de ces jours nébuleux
Où seuls mes songes vains me raccrochent à la vie.
dimanche 30 mai 2010
Laisse dormir le monde
D’un monde flasque à l’inertie fainéante s’élève des nuits durant des ronronnements rauques. Il roule lentement dans une nuit pénible, comme roulent les ivrognes le long d’un caniveau. De ce sommeil besogneux montent des longues plaintes, des vapeurs de tortures soufrées et grasses qui expirent par les pores de ce monde fiévreux. Ce sommeil punitif est une thérapie, une peine infligée pour sa propre survie, comme on assommerait un homme dangereux, avant de le droguer pour le neutraliser. De ces sommeils que l’on subit, à quelques pilules de la douleur, ne restent en général que quelques hallucinations torturées, et sur les draps froissés quelques auréoles de sueurs froides. Ainsi glissait le monde, placide dans sa chute libre, s’abîmant avec délectation dans une déchéance douce, édulcorée de morphine.
A sa surface s’agitent inutilement des funambules hagards. Leurs yeux vides sont pleins d’insolentes convictions, d’opulentes aberrations obstruant leur vision. En plein devant eux, vulgaire, la conviction d’être important, et la certitude d’avoir un rôle à jouer. La conviction d’exister par le sens du devoir, d’avoir un destin, de ne pas être insignifiant. Chaque matin ils font quelques pas, et le soir, quand la lumière décline, ils parcourent à nouveau à reculon ces quelques pauvres mètres. Ainsi leur vie oscille, inlassablement, au gré du flux et du reflux de leur ambition et de leur contentement. Lorsque la mort approche, ralentit ce pendule. Et puis elle le saisit, excédée par la vacuité de cette agitation, et le fige à jamais dans la glue l’oubli.
Une main devant les yeux, ils décrivent, de leur voix bien trop forte, avec aplomb le monde qu’ils ne voient pas. Tapissant de miroirs les murs de leur vie, se croyant orateurs, ils sont analphabètes.
Mais toi ne t’en fais pas, laisse dormir le monde. Je te croise souvent derrière le décor. tu y marches avec prudence, tu ne rêves pas. Nous partageons les heures sombres loin des projecteurs. Tu tires quelques ficelles parmi ces lourds pantins, une main se lève, une tête se tourne. Mais les yeux sont vitreux et la main est froide. Ton affection encore trébuche sur un mannequin, et depuis les coulisses tu écoutes parfois les déclarations que te font les souffleurs. Leur livret à la main, ils récitent des promesses qui vont mourir plus loin dans la salle endormie, et toi assise en tailleurs sur quelque haut parleur, tu t’enivres.
Les somnambules ce soir sont tous au cinéma, prisonniers des fauteuil et se gavant d’images. On projette sur leurs paupières des films caloriques qui peinent à combler leur famine d’idées. Bercés par les clichés ils plongent boulimiques dans leurs fantasmes gras. Condamnés sans clémence ils sont à perpétuité des spectateurs éteints.
Mais toi ne t’en fais pas, laisse dormir le monde, derrière la camera, tu peins la vie des autres. Tu cueilles le présent et l’arranges en bouquets. Tu découpes et tu colles les images du réel et soudain sur ta toile apparaît le futur. Des nuits durant tu inventes des aubes possibles, et j’attends chaque matin de découvrir fébrile celle qui fleurira ce jour. Tu caresses l’écran, où se cognent les sots, bernés par l’illusion, et tu les vois tomber, adossée à ce mur qu’ils prennent pour l’horizon. Alors de ta poche tu sors un crayon et sur l’écran tu traces des fenêtres et des portes. Les foules s’y engouffrent, ainsi va le monde, de gouffres en abysses.
Le monde au téléphone laisse des messages impersonnels. Des répondeurs égrainent des mots solitaires qui se noient dans un bruit vague. Ils se moquent des phrases, fiers d’avoir parlé, et se rendorment heureux. Des mots pris par poignées qu’on se jette à l’oreille, comme les enfants se jettent, sur la plage du sable. S’imaginent ils vraiment que des pierres, balancées au hasard s’arrangement harmonieusement en monuments grandioses ? Un à un ils se lèvent, frappés par une idée, et répètent très fort ce qu’ils viennent d’entendre. Les boites vocales affamées se taisent, murées dans le silence. D’autres encore se pendent.
Mais toi ne t’en fais pas, laisse dormir le monde. Et tu tiens dans la main les bandes magnétiques, où viennent expirer ces mots avortés. A travers le plastique transparent de la cassette, tu scrutes les idées. Un à un tu les décolles, tu prends les sons, les mots, les notes, et tu couds lentement des histoires humaines. Seule dans le silence, tu perçois des accords, de lentes mélodies. Tu te balances lentement sur ces cordes sonores, funambule sur l’harmonie tu progresses à pas mesurés. Et peu à peu tu prends confiance, prenant conscience aussi de la fragilité de ton bonheur, de l’improbabilité de ta chance.
Mais la nuit dure encore et pour combien de temps ? Dans le silence, dans la pénombre des coulisses, nous nous regardons calmement, enveloppés par les odeurs douces des nuits d’été.
Bientôt une lumière tranchante fendra les paupières de ce monde endormi. Regretterons nous alors ces instants irréels, où nous vivions ensemble dans un monde qui dort ?
A sa surface s’agitent inutilement des funambules hagards. Leurs yeux vides sont pleins d’insolentes convictions, d’opulentes aberrations obstruant leur vision. En plein devant eux, vulgaire, la conviction d’être important, et la certitude d’avoir un rôle à jouer. La conviction d’exister par le sens du devoir, d’avoir un destin, de ne pas être insignifiant. Chaque matin ils font quelques pas, et le soir, quand la lumière décline, ils parcourent à nouveau à reculon ces quelques pauvres mètres. Ainsi leur vie oscille, inlassablement, au gré du flux et du reflux de leur ambition et de leur contentement. Lorsque la mort approche, ralentit ce pendule. Et puis elle le saisit, excédée par la vacuité de cette agitation, et le fige à jamais dans la glue l’oubli.
Une main devant les yeux, ils décrivent, de leur voix bien trop forte, avec aplomb le monde qu’ils ne voient pas. Tapissant de miroirs les murs de leur vie, se croyant orateurs, ils sont analphabètes.
Mais toi ne t’en fais pas, laisse dormir le monde. Je te croise souvent derrière le décor. tu y marches avec prudence, tu ne rêves pas. Nous partageons les heures sombres loin des projecteurs. Tu tires quelques ficelles parmi ces lourds pantins, une main se lève, une tête se tourne. Mais les yeux sont vitreux et la main est froide. Ton affection encore trébuche sur un mannequin, et depuis les coulisses tu écoutes parfois les déclarations que te font les souffleurs. Leur livret à la main, ils récitent des promesses qui vont mourir plus loin dans la salle endormie, et toi assise en tailleurs sur quelque haut parleur, tu t’enivres.
Les somnambules ce soir sont tous au cinéma, prisonniers des fauteuil et se gavant d’images. On projette sur leurs paupières des films caloriques qui peinent à combler leur famine d’idées. Bercés par les clichés ils plongent boulimiques dans leurs fantasmes gras. Condamnés sans clémence ils sont à perpétuité des spectateurs éteints.
Mais toi ne t’en fais pas, laisse dormir le monde, derrière la camera, tu peins la vie des autres. Tu cueilles le présent et l’arranges en bouquets. Tu découpes et tu colles les images du réel et soudain sur ta toile apparaît le futur. Des nuits durant tu inventes des aubes possibles, et j’attends chaque matin de découvrir fébrile celle qui fleurira ce jour. Tu caresses l’écran, où se cognent les sots, bernés par l’illusion, et tu les vois tomber, adossée à ce mur qu’ils prennent pour l’horizon. Alors de ta poche tu sors un crayon et sur l’écran tu traces des fenêtres et des portes. Les foules s’y engouffrent, ainsi va le monde, de gouffres en abysses.
Le monde au téléphone laisse des messages impersonnels. Des répondeurs égrainent des mots solitaires qui se noient dans un bruit vague. Ils se moquent des phrases, fiers d’avoir parlé, et se rendorment heureux. Des mots pris par poignées qu’on se jette à l’oreille, comme les enfants se jettent, sur la plage du sable. S’imaginent ils vraiment que des pierres, balancées au hasard s’arrangement harmonieusement en monuments grandioses ? Un à un ils se lèvent, frappés par une idée, et répètent très fort ce qu’ils viennent d’entendre. Les boites vocales affamées se taisent, murées dans le silence. D’autres encore se pendent.
Mais toi ne t’en fais pas, laisse dormir le monde. Et tu tiens dans la main les bandes magnétiques, où viennent expirer ces mots avortés. A travers le plastique transparent de la cassette, tu scrutes les idées. Un à un tu les décolles, tu prends les sons, les mots, les notes, et tu couds lentement des histoires humaines. Seule dans le silence, tu perçois des accords, de lentes mélodies. Tu te balances lentement sur ces cordes sonores, funambule sur l’harmonie tu progresses à pas mesurés. Et peu à peu tu prends confiance, prenant conscience aussi de la fragilité de ton bonheur, de l’improbabilité de ta chance.
Mais la nuit dure encore et pour combien de temps ? Dans le silence, dans la pénombre des coulisses, nous nous regardons calmement, enveloppés par les odeurs douces des nuits d’été.
Bientôt une lumière tranchante fendra les paupières de ce monde endormi. Regretterons nous alors ces instants irréels, où nous vivions ensemble dans un monde qui dort ?
lundi 10 mai 2010
Sur les cendres...
Sur les cendres…
Quelques guerriers hagards marchent les yeux dissous
Sur les ruines fumantes où meurent leurs combats.
De corps inhabités s’échappent en souffles mous
Les odeurs venimeuses de souvenirs ingrats.
Les brumes du passé capturent la lumière
Et les guerriers sans but avancent dans le noir.
Avec le dernier corps tombe aussi le soir,
En un long crépuscule agonise la guerre.
Le corps en rédemption, tremblant de quelque fièvre,
Semble avoir absorbé le chaos des batailles.
De folles rébellions grondent dans les entailles
Qui parcourent les peaux de ces soldats en trève.
Ils marchent sans raison comme ces canards sans tête,
Dans une obstination machinale et abstraite.
La paix sans préavis s’est saisie sans pitié
Des obscures promesses à la guerre chantées.
Les cendres doucement se déposent au sol.
Au cœur des cuirasses tiédit la fièvre folle.
Alors reprend en eux le tambour infernal,
La danse des guerriers, la triste bacchanale.
Sur un rêve achevé s’ouvrent quelques paupières,
L’aube s’est libérée de son drap de poussière.
L’horizon devant eux s’érode sous le vent,
Le futur s’évapore sous le soleil ardent.
Les ruines les plus laides se cachent au fond d’eux
Les vrais champs de bataille sont leurs cœurs balafrés.
Sur les landes blessées, suintant un sang haineux,
Le jour nouveau apporte des aubes délavées.
Quelques guerriers hagards marchent les yeux dissous
Sur les ruines fumantes où meurent leurs combats.
De corps inhabités s’échappent en souffles mous
Les odeurs venimeuses de souvenirs ingrats.
Les brumes du passé capturent la lumière
Et les guerriers sans but avancent dans le noir.
Avec le dernier corps tombe aussi le soir,
En un long crépuscule agonise la guerre.
Le corps en rédemption, tremblant de quelque fièvre,
Semble avoir absorbé le chaos des batailles.
De folles rébellions grondent dans les entailles
Qui parcourent les peaux de ces soldats en trève.
Ils marchent sans raison comme ces canards sans tête,
Dans une obstination machinale et abstraite.
La paix sans préavis s’est saisie sans pitié
Des obscures promesses à la guerre chantées.
Les cendres doucement se déposent au sol.
Au cœur des cuirasses tiédit la fièvre folle.
Alors reprend en eux le tambour infernal,
La danse des guerriers, la triste bacchanale.
Sur un rêve achevé s’ouvrent quelques paupières,
L’aube s’est libérée de son drap de poussière.
L’horizon devant eux s’érode sous le vent,
Le futur s’évapore sous le soleil ardent.
Les ruines les plus laides se cachent au fond d’eux
Les vrais champs de bataille sont leurs cœurs balafrés.
Sur les landes blessées, suintant un sang haineux,
Le jour nouveau apporte des aubes délavées.
vendredi 23 avril 2010
Zoophilie
Zoophilie.
Aujourd’hui, je suis saisi d’une virulente conscience journalistique (et d’une flemme assez spectaculaire). Ainsi, j’ai entrepris pour vous un étourdissant voyage aux sources mêmes de la composition écrite. Et de mon fabuleux périples au pays du CE2, j’ai ramené pour vous quelques uns des principes fondateurs de l’écriture, qui devraient garantir cette fois ci un article clair, structuré, et surtout passionnant. Comme je ne veux pas trop déstabiliser mon lectorat en me mettant d’un coup d’un seul à écrire des choses fulguramment intelligentes, je vais appliquer progressivement ces fameuses règles d’or de l’écriture que j’ai pêchées dans mon ancien cahier de composition. Première règle : choisir un thème. J’ouvre mon cahier à la première composition : « décris ta chambre ». Pas moyen, il y a peut être des mineurs parmi les lecteurs, je ne peux pas parler de ma chambre ici. Deuxième composition : « décris ton animal préféré »… Bingo !
Bon sang mais c’est bien sûr ! Après avoir joué la carte kiwi, je m’en vais te lister joyeusement tous les personnages du règne animal que j’aime et t’expliquer pourquoi ! Je savais bien que cette plongée dans l’école primaire rehausserait le niveau de ce blog… Toujours revenir à la base ! Et toujours bien fermer le blender avant de mixer des carottes. Parceque au bout de 3 ou 4 fois, c’est un peu lassant de passer ses soirées à lécher son repas sur les carreaux de la cuisine.
Bon allez, c’est parti pour mes animaux préférés. Je te les mets pas forcément par ordre de préférence, sauf le premier qui est tellement mon préféré qu’il faut absolument qu’il soit le plus préféré de la liste de mes animaux préférés.
Alors pour moi le roi des animaux, je te le donne en mille, c’est pas cette feignasse de lion jaunâtre qui dort à l’ombre des baobabs. Le roi des animaux c’est l’émeu. Il trône très haut sur mon olympe, et même sur un piédestal sur l’olympe ! Mais pas longtemps parce que l’émeu gigote beaucoup, donc il y a fort à parier qu’avant que j’aie fini d’écrire cette phrase, l’émeu sera tombé du piédestal et dévalera les pentes de l’olympe, les pattes emmêlées autour du cou. Peut être même chantera-t-il des chansons paillardes. L’émeu a la dégringolade musicale, et c’est pour ça qu’on l’aime. On aime aussi l’émeu pour son allure bonhomme, son œil vif et charmeur, et sa morphologie sensuelle à souhait : un gros coussin à plumes, avec trois tuyaux qui en sortent, j’aime le concept. Imagine comme ta vie serait belle si tu avais, comme l’émeu, une troisième jambe à la place tu cou !
Et puis l’émeu, comme toutes les nobles créatures de ce monde, tire sa splendeur de sa manière d’être, qu’il hisse au niveau d’art de vivre. Son credo : j’avale. J’avale les ananas entiers, j’avale le paquet de pop corn en entier avec le plastique, j’avale le sac à main avec la petite vieille qui y est accrochée (c’est pourquoi il n’est pas rare d’entendre un « tu veux mon doigt !! » sortir du ventre d’un émeu lorsqu’on se cure le nez dans un zoo). Si Zola avait son « j’accuse », l’émeu a son « j’avale ». Quand j’étais petit un émeu avait avalé mon bras droit jusqu’à l’épaule alors que je lui tendais gaillardement un pop corn. La main dans son estomac, j’avais récupéré une montre, un parapluie (ouvert) et une selle de vélo presque neuve et une roue de secours pour mon tracteur.
Et puis l’émeu est romantique (avec un nom pareil, forcément), et se livre au printemps à des parades amoureuses qui n’ont pas manqué d’inspirer les candidates du « bachelor ». Comme tu l’as compris, l’émeu a le siège du QI bien implanté dans la panse. Le reste suit. La parade de l’émeu consiste en une course effrénée dans la savane (ou dans ta cuisine, mais je ne conseille pas d’avoir un émeu en appartement), caractérisée par de brusques et aléatoires changements de direction (tu comprends le lien avec le bachelor). Sauf que la tête, nonchalamment perchée sur un cou de 148 vertèbres, n’est guère informée des décisions prises au niveau du cerveau stomacal de la bestiole. Donc elle suit comme elle peut, avec pas mal de retard… Mais comme ça l’amuse beaucoup (et ça t’amuserait aussi, d’être un peu bousculé dans la savane par un émeu, avoue le, coquin), l’émeu affiche un air hilare, et d’enthousiasme, il bat des ailes frénétiquement, façon « i beleive i can fly », ce qui n’est pas vrai du tout. Comme dit un vieux proverbe russe bien connu des danseuses classiques : « entre avaler des pneus de tracteur et s’envoler avec légèreté, il faut parfois choisir ». L’émeu a choisi, il avale.
Maintenant je dois confesser un rapport assez malsain avec cet animal merveilleux qu’est le lapin. Pour preuves, ma fascination pour le film « house bunny » (« super blonde » en français), et mon tatouage playboy sur la fesse gauche. J’ai en général peu de pitié envers les animaux qui ont un potentiel de manteau intéressant. Un chinchilla, par exemple, j’ai du mal à l’approcher sans m’en faire un manchon… Mais les lapins non. Et me cause même pas de civet. Il faut dire que le chinchilla est une sorte de patate velue (du genre de celles qui ont passé 6 mois dans le fond de mon frigo) qui passe ses journée à dormir dans un bac à sable. Il a l’air tellement plus épanoui sur le dos d’une actrice glamour… Le lapin est mignon. Il sautille maladroitement sur le parquet ciré de mon salon, s’évertuant à parcourir 50 cm tellement ça glisse avec ses patounes poilues… Et moi ça m’attendrit pendant que je le filme dans sa galère.
Je n’ai plus de lapin chez moi. C’est beaucoup trop dur émotionnellement d’envisager leur disparition. Et puis il faut engager des pleureuses (souvent syndiquées), organiser le cortège funèbre jusqu’au panthéon, payer le discours de Frédéric Mitterrand… Bref je ne peux plus. Mon premier lapin vivait en collocation avec un hamster qui le raquettait. La nuit il venait lui voler ses graines. Le lapin était tellement stressé qu’il en a perdu tous ses poils. Il ressemblait à une gambas. Et moi j’avais beau sermonner le hamster, rien n’y faisait. Mon deuxième lapin j’ai bien peur qu’il n’ait pas beaucoup aimé quand j’ai vidé une bombe de baygon sur une mouche, en oubliant complètement qu’il était juste à côté… Bref le destin m’indique clairement que je ne suis pas fait pour avoir un lapin.
Ensuite je dois dire que j’aime assez les ratons laveurs.
Voilà, ça c’est dit.
Et puis les blaireaux aussi je kiffe bien. Là j’ai une histoire à te raconter. Le blaireau, qui est un animal pataud, débonnaire et furibond (fallait vraiment que je fasse un article sur les blaireaux pour écrire tous ces adjectifs à la suite), et qui porte un maillot du PSG et fait de la randonnée à Jersey en portant un sac Quechua, a contre toute attente des mœurs nocturnes qui méritent qu’on les décrive.
Donc le blaireau, la nuit, ne dort pas. Non, il ne ronfle pas non plus, même si je suis certain qu’il grogne beaucoup. La nuit, il parcourt sans relâches et à pleine vitesse un circuit dans la nature, dont le rayon atteint fréquemment plusieurs kilomètres. Il n’est pas un blaireau pour rien non plus. Tu comprends le côté randonneur de Jersey… Et en bon randonneur consciencieux, le blaireau ne s’écarte JAMAIS du sentier balisé démarqué par les marques bleues, ou le cas échéant, par ses traces d’urine (on fait pas trop ça à Jersey, ou alors seulement on sort d’un pub). Mais alors il ne s’en écarte pas de 50cm. Blaireau un jour, blaireau toujours.
Et un beau jour, mes parents, qui vivent dans l’arrière pays sauvage de la bretagnie occidentale, ont constaté qu’un blaireau parcourait (et ravageait) chaque nuit leur verger. Ils ont promptement déduit que Dieu leur avait imposé le passage d’un circuit de blaireau (pourtant d’un rayon de plusieurs kilomètres) pile sur leur verger. Pas de chance… Que faire ?
Mon père, qui est ingénieur, et qui connaît très bien les blaireaux, ce qui n’a rien à voir avec le fait qu’il est inscrit à l’association de quartier mais quand même un peu, a eu une idée lumineuse. Il a posé un grillage pile sur la trajectoire du blaireau, à l’entrée du jardin. Pas un grand grillage, non, à peine plus large que la largeur d’un blaireau moyen. Hé bien ça n’a pas raté. Le lendemain matin, pas de trace de blaireau dans le verger. En revanche le grillage était défoncé, avec une bosse en forme de crâne de blaireau. Le blaireau avait foncé droit dans le grillage, et l’idée de le contourner ne lui effleurant même pas l’esprit, il avait rebroussé chemin. Du coup il a pris sa carte IGN dans son sac Quechua, et il est allé randonner plus loin, dans le verger des voisins sans doute. Depuis, j’adore les blaireaux. J’aime les créatures obstinées.
Il faut aussi que je t’avoue un penchant pour les belettes.
Quand j’étais petit, mes grands parents avaient un poulailler. Et ils n’arrêtaient pas de raconter des histoires de belettes, toutes plus terrifiantes les unes que les autres. « La belette a encore égorgé 3 poules », « La belette a tordu le cou a une oie », « la belette a décimé un troupeau de mouton », « la belette a dévoré ma plus belle vache et a déposé la carcasse dans mon lit »… Bref la belette c’était une créature mythique et terrifiante, qu’on ne voyait jamais, maligne comme le dernier fils d’un paysan, celui qui fait des coups en douce (celui qui n’est pas brave, mais qui est malin quand même). Et tellement transformable qu’elle pouvait passer dans tous les interstices de ta maison. Limite dans un trou d’épingle elle passait (ce qui terrifiait ma grand-mère qui se voulait couturière).
Alors quand j’ai été plus grand - je crois que c’est en mars 2008 que j’ai grandi - , intrépide jeune homme que je devins, j’ai enquêté sur les belettes et je suis allé au parc des bois pour essayer d’en voir une. Hé bien je n’ai pas été déçu. Entre quelques carcasses d’enfants (c’était peut être des branches mortes), une énorme belette (ou peut être mesurait elle une vingtaine de centimètres), rodait menaçante en jetant des sorts aux passants (ou peut être jouait elle guillerettement avec ses petits). Et puis j’ai été déçu quand même, elle n’égorgeait pas vraiment des vaches mais mangeait plutôt des limaces en général. Ce qui en soi est admirable je vous l’accorde.
Mais qu’importe, la valeur des êtres est dans les yeux des autres, et une créature mangeuse de limace qui parvient à terrifier un peuple (aussi jurassien et paysan soit-il), a toute mon estime et mon admiration.
J’aime beaucoup le rat musqué par principe, parce qu’il est arriviste. C’est quand même rien qu’un vulgaire rat, et il arrive à finir dans un joli manteau… Encore une belle preuve d’obstination. Pour un rat, c’est quand même plus glorieux de crever dans un manteau de fourrure que dans une poubelle… C’est vrai pour nous tous d’ailleurs.
La chouette des neiges a aussi mes faveurs. C’est un animal très fainéant qui a développé une extraordinaire souplesse du cou juste pour ne pas avoir à bouger le reste de son corps. Nous au zoo on lui lançait des trucs pour la faire bouger, mais rien n’y fit. On soupçonne même un peu que les gens du zoo l’avaient collé à une branche pour pas qu’elle s’en aille. C’est aussi un des seuls oiseaux qui porte des moonboots.
Je pense qu’il serait assez juste que je mentionne également le Coati dans cette chronique. Pour ceux qui ne connaissent pas, c’est une sorte de gros hamster au poil très rêche, avec un nez de cochon. Et cette splendide créature à la grâce de sylphide (bien bourrée la sylphide, mais ça arrive) est extrêmement friande de pop corn. Du coup gros potentiel d’interaction débile avec le Coati, qui entre en transe quand il flaire un pop corn à 200 m. Et alors là ils se jettent dans la boue, font des pyramides pour atteindre le pop corn qu’on leur tend, construisent de petits hélicoptères avec des feuilles mortes pour s’échapper de leur cage (rassurez vous, ça ne marche jamais, mais c’est cool de les voir essayer) et bloquent l’espace aérien en provoquant des éruptions de volcans islandais. Très divertissant.
Pour finir, quelques mots sur les animaux que je n’aime pas mais alors pas du tout : les animaux aplaventrés, trop malins ou trop loyaux, comme les chiens dits « intelligents ». Bergers allemands en tête, surtout ceux avec des poils longs sur les cuisses, et qui trottinent toute la journée avec la langue qui pendouille. Yerk ! Je n’aime pas non plus les animaux soi disant dangereux, mais qui en fait ne font rien de la journée… Jamais un lion ne m’a piqué mon pop corn au zoo. Un émeu ou un coati, c’est très fréquent. La prochaine fois je demanderai une carcasse d’antilope à l’entrée du zoo à la place du pop corn. Et une brouette pour la trimballer.
A moins que je ne loue une antilope vivante, et que je fende le vent des savanes sur son dos, cheveux au vent, chemise ouverte, Meryl Streep en croupe, poursuivi par un lion ou un émeu en émoi…
Aujourd’hui, je suis saisi d’une virulente conscience journalistique (et d’une flemme assez spectaculaire). Ainsi, j’ai entrepris pour vous un étourdissant voyage aux sources mêmes de la composition écrite. Et de mon fabuleux périples au pays du CE2, j’ai ramené pour vous quelques uns des principes fondateurs de l’écriture, qui devraient garantir cette fois ci un article clair, structuré, et surtout passionnant. Comme je ne veux pas trop déstabiliser mon lectorat en me mettant d’un coup d’un seul à écrire des choses fulguramment intelligentes, je vais appliquer progressivement ces fameuses règles d’or de l’écriture que j’ai pêchées dans mon ancien cahier de composition. Première règle : choisir un thème. J’ouvre mon cahier à la première composition : « décris ta chambre ». Pas moyen, il y a peut être des mineurs parmi les lecteurs, je ne peux pas parler de ma chambre ici. Deuxième composition : « décris ton animal préféré »… Bingo !
Bon sang mais c’est bien sûr ! Après avoir joué la carte kiwi, je m’en vais te lister joyeusement tous les personnages du règne animal que j’aime et t’expliquer pourquoi ! Je savais bien que cette plongée dans l’école primaire rehausserait le niveau de ce blog… Toujours revenir à la base ! Et toujours bien fermer le blender avant de mixer des carottes. Parceque au bout de 3 ou 4 fois, c’est un peu lassant de passer ses soirées à lécher son repas sur les carreaux de la cuisine.
Bon allez, c’est parti pour mes animaux préférés. Je te les mets pas forcément par ordre de préférence, sauf le premier qui est tellement mon préféré qu’il faut absolument qu’il soit le plus préféré de la liste de mes animaux préférés.
Alors pour moi le roi des animaux, je te le donne en mille, c’est pas cette feignasse de lion jaunâtre qui dort à l’ombre des baobabs. Le roi des animaux c’est l’émeu. Il trône très haut sur mon olympe, et même sur un piédestal sur l’olympe ! Mais pas longtemps parce que l’émeu gigote beaucoup, donc il y a fort à parier qu’avant que j’aie fini d’écrire cette phrase, l’émeu sera tombé du piédestal et dévalera les pentes de l’olympe, les pattes emmêlées autour du cou. Peut être même chantera-t-il des chansons paillardes. L’émeu a la dégringolade musicale, et c’est pour ça qu’on l’aime. On aime aussi l’émeu pour son allure bonhomme, son œil vif et charmeur, et sa morphologie sensuelle à souhait : un gros coussin à plumes, avec trois tuyaux qui en sortent, j’aime le concept. Imagine comme ta vie serait belle si tu avais, comme l’émeu, une troisième jambe à la place tu cou !
Et puis l’émeu, comme toutes les nobles créatures de ce monde, tire sa splendeur de sa manière d’être, qu’il hisse au niveau d’art de vivre. Son credo : j’avale. J’avale les ananas entiers, j’avale le paquet de pop corn en entier avec le plastique, j’avale le sac à main avec la petite vieille qui y est accrochée (c’est pourquoi il n’est pas rare d’entendre un « tu veux mon doigt !! » sortir du ventre d’un émeu lorsqu’on se cure le nez dans un zoo). Si Zola avait son « j’accuse », l’émeu a son « j’avale ». Quand j’étais petit un émeu avait avalé mon bras droit jusqu’à l’épaule alors que je lui tendais gaillardement un pop corn. La main dans son estomac, j’avais récupéré une montre, un parapluie (ouvert) et une selle de vélo presque neuve et une roue de secours pour mon tracteur.
Et puis l’émeu est romantique (avec un nom pareil, forcément), et se livre au printemps à des parades amoureuses qui n’ont pas manqué d’inspirer les candidates du « bachelor ». Comme tu l’as compris, l’émeu a le siège du QI bien implanté dans la panse. Le reste suit. La parade de l’émeu consiste en une course effrénée dans la savane (ou dans ta cuisine, mais je ne conseille pas d’avoir un émeu en appartement), caractérisée par de brusques et aléatoires changements de direction (tu comprends le lien avec le bachelor). Sauf que la tête, nonchalamment perchée sur un cou de 148 vertèbres, n’est guère informée des décisions prises au niveau du cerveau stomacal de la bestiole. Donc elle suit comme elle peut, avec pas mal de retard… Mais comme ça l’amuse beaucoup (et ça t’amuserait aussi, d’être un peu bousculé dans la savane par un émeu, avoue le, coquin), l’émeu affiche un air hilare, et d’enthousiasme, il bat des ailes frénétiquement, façon « i beleive i can fly », ce qui n’est pas vrai du tout. Comme dit un vieux proverbe russe bien connu des danseuses classiques : « entre avaler des pneus de tracteur et s’envoler avec légèreté, il faut parfois choisir ». L’émeu a choisi, il avale.
Maintenant je dois confesser un rapport assez malsain avec cet animal merveilleux qu’est le lapin. Pour preuves, ma fascination pour le film « house bunny » (« super blonde » en français), et mon tatouage playboy sur la fesse gauche. J’ai en général peu de pitié envers les animaux qui ont un potentiel de manteau intéressant. Un chinchilla, par exemple, j’ai du mal à l’approcher sans m’en faire un manchon… Mais les lapins non. Et me cause même pas de civet. Il faut dire que le chinchilla est une sorte de patate velue (du genre de celles qui ont passé 6 mois dans le fond de mon frigo) qui passe ses journée à dormir dans un bac à sable. Il a l’air tellement plus épanoui sur le dos d’une actrice glamour… Le lapin est mignon. Il sautille maladroitement sur le parquet ciré de mon salon, s’évertuant à parcourir 50 cm tellement ça glisse avec ses patounes poilues… Et moi ça m’attendrit pendant que je le filme dans sa galère.
Je n’ai plus de lapin chez moi. C’est beaucoup trop dur émotionnellement d’envisager leur disparition. Et puis il faut engager des pleureuses (souvent syndiquées), organiser le cortège funèbre jusqu’au panthéon, payer le discours de Frédéric Mitterrand… Bref je ne peux plus. Mon premier lapin vivait en collocation avec un hamster qui le raquettait. La nuit il venait lui voler ses graines. Le lapin était tellement stressé qu’il en a perdu tous ses poils. Il ressemblait à une gambas. Et moi j’avais beau sermonner le hamster, rien n’y faisait. Mon deuxième lapin j’ai bien peur qu’il n’ait pas beaucoup aimé quand j’ai vidé une bombe de baygon sur une mouche, en oubliant complètement qu’il était juste à côté… Bref le destin m’indique clairement que je ne suis pas fait pour avoir un lapin.
Ensuite je dois dire que j’aime assez les ratons laveurs.
Voilà, ça c’est dit.
Et puis les blaireaux aussi je kiffe bien. Là j’ai une histoire à te raconter. Le blaireau, qui est un animal pataud, débonnaire et furibond (fallait vraiment que je fasse un article sur les blaireaux pour écrire tous ces adjectifs à la suite), et qui porte un maillot du PSG et fait de la randonnée à Jersey en portant un sac Quechua, a contre toute attente des mœurs nocturnes qui méritent qu’on les décrive.
Donc le blaireau, la nuit, ne dort pas. Non, il ne ronfle pas non plus, même si je suis certain qu’il grogne beaucoup. La nuit, il parcourt sans relâches et à pleine vitesse un circuit dans la nature, dont le rayon atteint fréquemment plusieurs kilomètres. Il n’est pas un blaireau pour rien non plus. Tu comprends le côté randonneur de Jersey… Et en bon randonneur consciencieux, le blaireau ne s’écarte JAMAIS du sentier balisé démarqué par les marques bleues, ou le cas échéant, par ses traces d’urine (on fait pas trop ça à Jersey, ou alors seulement on sort d’un pub). Mais alors il ne s’en écarte pas de 50cm. Blaireau un jour, blaireau toujours.
Et un beau jour, mes parents, qui vivent dans l’arrière pays sauvage de la bretagnie occidentale, ont constaté qu’un blaireau parcourait (et ravageait) chaque nuit leur verger. Ils ont promptement déduit que Dieu leur avait imposé le passage d’un circuit de blaireau (pourtant d’un rayon de plusieurs kilomètres) pile sur leur verger. Pas de chance… Que faire ?
Mon père, qui est ingénieur, et qui connaît très bien les blaireaux, ce qui n’a rien à voir avec le fait qu’il est inscrit à l’association de quartier mais quand même un peu, a eu une idée lumineuse. Il a posé un grillage pile sur la trajectoire du blaireau, à l’entrée du jardin. Pas un grand grillage, non, à peine plus large que la largeur d’un blaireau moyen. Hé bien ça n’a pas raté. Le lendemain matin, pas de trace de blaireau dans le verger. En revanche le grillage était défoncé, avec une bosse en forme de crâne de blaireau. Le blaireau avait foncé droit dans le grillage, et l’idée de le contourner ne lui effleurant même pas l’esprit, il avait rebroussé chemin. Du coup il a pris sa carte IGN dans son sac Quechua, et il est allé randonner plus loin, dans le verger des voisins sans doute. Depuis, j’adore les blaireaux. J’aime les créatures obstinées.
Il faut aussi que je t’avoue un penchant pour les belettes.
Quand j’étais petit, mes grands parents avaient un poulailler. Et ils n’arrêtaient pas de raconter des histoires de belettes, toutes plus terrifiantes les unes que les autres. « La belette a encore égorgé 3 poules », « La belette a tordu le cou a une oie », « la belette a décimé un troupeau de mouton », « la belette a dévoré ma plus belle vache et a déposé la carcasse dans mon lit »… Bref la belette c’était une créature mythique et terrifiante, qu’on ne voyait jamais, maligne comme le dernier fils d’un paysan, celui qui fait des coups en douce (celui qui n’est pas brave, mais qui est malin quand même). Et tellement transformable qu’elle pouvait passer dans tous les interstices de ta maison. Limite dans un trou d’épingle elle passait (ce qui terrifiait ma grand-mère qui se voulait couturière).
Alors quand j’ai été plus grand - je crois que c’est en mars 2008 que j’ai grandi - , intrépide jeune homme que je devins, j’ai enquêté sur les belettes et je suis allé au parc des bois pour essayer d’en voir une. Hé bien je n’ai pas été déçu. Entre quelques carcasses d’enfants (c’était peut être des branches mortes), une énorme belette (ou peut être mesurait elle une vingtaine de centimètres), rodait menaçante en jetant des sorts aux passants (ou peut être jouait elle guillerettement avec ses petits). Et puis j’ai été déçu quand même, elle n’égorgeait pas vraiment des vaches mais mangeait plutôt des limaces en général. Ce qui en soi est admirable je vous l’accorde.
Mais qu’importe, la valeur des êtres est dans les yeux des autres, et une créature mangeuse de limace qui parvient à terrifier un peuple (aussi jurassien et paysan soit-il), a toute mon estime et mon admiration.
J’aime beaucoup le rat musqué par principe, parce qu’il est arriviste. C’est quand même rien qu’un vulgaire rat, et il arrive à finir dans un joli manteau… Encore une belle preuve d’obstination. Pour un rat, c’est quand même plus glorieux de crever dans un manteau de fourrure que dans une poubelle… C’est vrai pour nous tous d’ailleurs.
La chouette des neiges a aussi mes faveurs. C’est un animal très fainéant qui a développé une extraordinaire souplesse du cou juste pour ne pas avoir à bouger le reste de son corps. Nous au zoo on lui lançait des trucs pour la faire bouger, mais rien n’y fit. On soupçonne même un peu que les gens du zoo l’avaient collé à une branche pour pas qu’elle s’en aille. C’est aussi un des seuls oiseaux qui porte des moonboots.
Je pense qu’il serait assez juste que je mentionne également le Coati dans cette chronique. Pour ceux qui ne connaissent pas, c’est une sorte de gros hamster au poil très rêche, avec un nez de cochon. Et cette splendide créature à la grâce de sylphide (bien bourrée la sylphide, mais ça arrive) est extrêmement friande de pop corn. Du coup gros potentiel d’interaction débile avec le Coati, qui entre en transe quand il flaire un pop corn à 200 m. Et alors là ils se jettent dans la boue, font des pyramides pour atteindre le pop corn qu’on leur tend, construisent de petits hélicoptères avec des feuilles mortes pour s’échapper de leur cage (rassurez vous, ça ne marche jamais, mais c’est cool de les voir essayer) et bloquent l’espace aérien en provoquant des éruptions de volcans islandais. Très divertissant.
Pour finir, quelques mots sur les animaux que je n’aime pas mais alors pas du tout : les animaux aplaventrés, trop malins ou trop loyaux, comme les chiens dits « intelligents ». Bergers allemands en tête, surtout ceux avec des poils longs sur les cuisses, et qui trottinent toute la journée avec la langue qui pendouille. Yerk ! Je n’aime pas non plus les animaux soi disant dangereux, mais qui en fait ne font rien de la journée… Jamais un lion ne m’a piqué mon pop corn au zoo. Un émeu ou un coati, c’est très fréquent. La prochaine fois je demanderai une carcasse d’antilope à l’entrée du zoo à la place du pop corn. Et une brouette pour la trimballer.
A moins que je ne loue une antilope vivante, et que je fende le vent des savanes sur son dos, cheveux au vent, chemise ouverte, Meryl Streep en croupe, poursuivi par un lion ou un émeu en émoi…
Inscription à :
Articles (Atom)